Good Bye Lenin (Wolfgang Becker, 2003)

Good Bye Lenin est le film de nos années collège, nous, fils de l’Europe capitaliste naissante, de l’Euro et de la liberté de mouvement des hommes au sein de l’Europe. Il raconte la base de notre société occidentale, ses derniers aspects d’un temps révolu. Il raconte le passage dans un nouveau monde, et, en un sens, les sacrifiés de cette évolution.

Le film suit Alexander à Berlin-Est, en RDA. Christiane, sa mère, s’investit totalement dans la vie sociale du régime communiste. Mais, lors du 40e anniversaire de la RDA, elle est victime d’un infarctus et tombe dans le coma. Lorsqu’elle en sort, l’Allemagne, avec la chute du mur de Berlin, a connu des bouleversements majeurs. Craignant un nouvel infarctus causé par ces grands changements, Alexander décide de lui cacher la fin de la RDA et entraîne son entourage dans sa folle tentative de recréer une époque révolue.

Le film est vraiment une excellente vision de ce qu’a pu être la RDA dans son idéal socialiste. Les emplois oisifs et inintéressants imposés pour tuer le chômage, la logique culturelle faite de chansons à la gloire du régime socialiste, et toutes ces activités un peu risibles que la mère d’Alexander encadre dans le plus pur amour du parti. Mais aussi la pauvreté et le faible pouvoir d’achat, tous les meubles étant vieillots, comme les vêtements, les voitures Trabant sur commande reçues deux ans après la commande, ou les produits venus de l’Est russe. Tout le film fait office d’image d’Épinal de cette période inconnue de beaucoup d’Européens. Cela dit, le film est beaucoup moins acerbe à propos de cette période que ne peut l’être La Vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck (2006), qui dépeignait une RDA beaucoup plus surveillante, violente, où la pensée et la logique étaient beaucoup plus réprimées. Good Bye Lenin est peu critique sur la question répressive en RDA ; seuls quelques courts instants de révoltes gentiment matées sont montrés à l’écran. Mais on reviendra sur ce manque de critique.

Le passage à l’être européen, avec la chute du mur et la réunification des deux Allemagne, est finement amené par des images d’archives. La révolution culturelle capitaliste est racontée comme un vent nouveau sur les personnages : les habits, les mœurs, la culture, tout vient à changer et, en quelques mois, les personnages, tout comme leur pays, sont complètement bouleversés. Le travail se fait au profit d’entreprises privées, les supermarchés se remplissent de Coca-Cola, et le passage de Checkpoint Charlie devient une activité touristique un peu pittoresque. Cependant, cette révolution s’impose par la force et semble laisser un paquet de monde derrière elle ; on retrouve de nombreux personnages nostalgiques de l’Allemagne socialiste. C’est d’ailleurs tout le concept du film : l’Ostalgie, une pensée allemande des années 1990-2000 prônant la nostalgie de la RDA. En 2009, on estimait qu’un Allemand originaire de l’Est sur cinq ressentait une forme d’« ostalgie ». L’Allemand moyen, devant faire face au chômage, au productivisme et à la concurrence étrangère, se retrouve, comme tout humain, dans un « c’était mieux avant » maladroit. Le film met lui aussi en scène de nombreux personnages oubliés, s’enivrant pour oublier la défaite de leur ex-idéal.

Le film est typique des films européens de la période, jonglant entre identité nationale et ouverture sur un monde nouveau sans frontières. Quand L’Auberge espagnole de Cédric Klapisch (2002) prônait le libre déplacement des personnes et la force de la jeunesse européenne dans sa capacité à se déplacer et rencontrer l’autre, Good Bye Lenin paraît, lui, beaucoup plus rétrograde. Le paradoxe que rencontre le personnage principal incarné par Daniel Brühl semble le tirailler en tout point, comme refusant sa propre évolution en justifiant son mal-être par le maintien de la santé de sa mère. Cet attachement à ces petites choses qui faisaient son pays rappelle souvent, tant dans l’histoire que dans la réalisation, Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet (2001). En dépit de la musique, elle aussi composée par Yann Tiersen, c’est à de nombreuses reprises que l’on retrouve des similarités avec le film de Jeunet. Et ce, parmi d’autres références cinéphiles plus ou moins poussées !

Good Bye Lenin est un merveilleux film pour comprendre l’Europe d’hier et la réunification allemande. Il rappelle les difficultés qu’a connues ce pays après-guerre et ouvre une fois de plus le devoir de mémoire d’une période pas si lointaine ! J’avais vu ce film au collège ; il me semble que c’est un bon moment pour comprendre tout ça. Pensez-y avec vos ados.

Posted in

Laisser un commentaire