Soyez sympas, rembobinez (Michel Gondry, 2009)

Hier soir, malgré la quantité de films et séries présents sur le web et dans mon ordi, j’ai repris ma collection de DVD et j’ai voulu avancer sur le grand tri de ces derniers. Et à l’étage « musical » des films, à côté du Dave Chappelle’s Block Party du même réalisateur, j’ai trouvé Soyez sympa, rembobinez de Michel Gondry. Plein de souvenirs, j’ai lancé le film et j’ai adoré comme si je découvrais le film pour la première fois.

Cinquième film du réalisateur, Soyez sympa, rembobinez (Be Kind Rewind) raconte l’histoire de Mike, employé du vidéo-club d’Elroy, son père adoptif. Alors qu’Elroy est parti quelques jours, la totalité des VHS de la boutique est effacée par Jerry, un ami de Mike, qui a été magnétisé en tentant de saboter une centrale électrique. Pour sauver le vidéo-club de la faillite et satisfaire la demande des plus fidèles clients, les deux hommes décident de réaliser eux-mêmes les remakes des films effacés.

Mettant en scène le rappeur Yasiin Bey (aka Mos Def) dans le rôle de Mike, et Jack Black dans les rôles principaux, le film est une magnifique comédie et une ode au cinéma américain des années 90-00. Les deux compères, qui s’enfoncent dans leurs mensonges, se retrouvent à créer un genre de remakes totalement barrés : les films « suédés » (supposément des films venus de Suède). On verra SOS Fantômes, Robocop ou 2001 : l’Odyssée de l’espace se faire « suéder » par les réalisateurs en herbe et, face à l’engouement des clients, ils iront jusqu’à créer leur propre studio de cinéma, incluant même les clients dans leurs réalisations.

Le film est génial, il laisse à Gondry toute la place pour sa créativité de bidouilleur comme on lui connaît bien, lui qui vient dans un premier temps du clip et qui nous a laissé un bon nombre de productions toutes aussi rigolotes et ingénues les unes que les autres, entre IAM, Björk ou The White Stripes. Mos Def dévoile tout le potentiel comique qui lui est propre, oscillant entre ses petites moues de benêt et son stress de bien faire ; lui est premièrement connu pour être un maître des rimes du rap new-yorkais et était déjà présent dans l’immense Dave Chappelle’s Block Party de Gondry deux ans plus tôt.
Jack Black, quant à lui, est au sommet de sa folie et Gondry n’hésite pas à en faire un clown fou mais visionnaire. Les deux compères sont accompagnés par un bon nombre de personnages secondaires hauts en couleur incarnés par Danny Glover, Mia Farrow, P.J. Byrne ou encore la grande S.W. (je ne dis pas le nom pour laisser la surprise, mais c’est fort !).

L’entièreté du film est aussi un hommage à ces petits combats de l’ombre contre la gentrification et la modernité, entre la lutte des deux personnages contre la destruction de leur vidéo-club et celle contre l’arrivée du DVD. Le film est aussi un petit manifeste pour le maintien de la mémoire d’une ville. Tout le film tourne autour de la conservation de la mémoire de Fats Waller, un jazzman important des années 30 qui aurait supposément habité le vidéo-club, n’en déplaise à la mairie et aux promoteurs qui souhaitent la destruction de ce bâtiment. La production du film a énormément inclus les habitants de la ville de Passaic, tant en figuration que dans le casting ou certains moments de la production, comme on peut le voir dans le making-of.

Au-delà de son histoire comique, le film est aussi une invitation à la réalisation. Le concept de « suédage des films » est devenu, suite au succès de Soyez sympa, rembobinez, un genre à part entière du cinéma amateur mondial. Gondry a exploité cette idée pour en faire un festival et a même invité trois des meilleurs films suédés dans les bonus du DVD ; de nombreux autres festivals se sont créés à partir de cette idée. Gondry a, suite à cela, lancé l’Usine de films amateurs, un lieu parisien où matériel de réalisation, décors et costumes étaient prêtés à quiconque souhaitait réaliser un film le temps d’une journée. Ce concept a d’ailleurs aussi trouvé place dans d’autres villes : Bruxelles, New York, Johannesburg, Buenos Aires ou Marseille la belle.

Michel Gondry est un immense réalisateur, de ceux que l’on ne peut pas attraper, qui virevolte entre les projets et dont la créativité est impressionnante. Je recommande sincèrement le documentaire Do It Yourself de François Nemeta qui lui est consacré et qui revient sur son parcours et ses coups de génie dans la pub, le clip ou le cinéma. Si tant est que le cinéma de ce réalisateur vous plaise, je vous renvoie aussi à The We and I, huis clos dans un bus scolaire de Brooklyn, une pépite un peu oubliée de la filmographie du réalisateur. Pour ma part, j’ai eu à réaliser un film suédé d’Orange Mécanique lors de mes études ; je ne vous laisserai pas de lien mais juste une image, démenez-vous pour trouver le reste.

Posted in

Laisser un commentaire