• Warfare (Ray Mendoza & Alex Garland, 2025)

    J’aime bien les films de guerre.

    Depuis toujours, j’ai considéré ce genre très particulier du cinéma comme un genre important, même s’il pouvait repousser le spectateur lambda. À raison, au vu de la violence et des questions politiques qu’il porte en lui. Cela dit, tout le monde aime Full Metal Jacket de Kubrick ou Apocalypse Now de Coppola ; nombreux sont les spectateurs antimilitaristes qui se délectent de la violence de ces films à partir du moment où une critique même de son existence est présentée au sein du film. La déconstruction de la conscience de Baleine ou la folie sur une bande-son des Doors permet au spectateur de se dire : « Je déteste la monstration de la violence, mais là c’est bien fait, donc je me plais à me dire que ce n’est pas si grave de regarder telle ou telle œuvre.».

    Pourtant, le cinéma de guerre est si important, d’Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg aux Sentiers de la gloire de Kubrick, de Jarhead de Sam Mendes à Dunkerque de Christopher Nolan. Sur les terres, les mers ou dans les airs, nombreux sont les conflits, depuis la Première Guerre mondiale, traités par le cinéma (majoritairement américain). Depuis l’invasion de l’Irak en 2003 par les États-Unis de George W. Bush et Dick Cheney, de nouveaux types de films ont pu voir le jour, proches de ceux qui traitaient du Vietnam. Des guerres de guérilla, avec une autre teinte et une opposition des peuples qui frôlant souvent un racisme latent de l’impérialisme américain contre les Arabes.

    Mogadiscio n’était qu’un avant-goût des guerres américaines au Moyen-Orient; préparez-vous à l’Irak et à l’Afghanistan.

    Warfare est le premier film de Ray Mendoza, ancien membre des Navy SEAL. Il a coécrit et coréalisé le film, inspiré de sa propre expérience lors de son déploiement en Irak. Warfare retrace l’engagement que son peloton et lui ont vécu le 19 novembre 2006, au lendemain de la bataille de Ramadi. Pour ce faire, il fut aidé par Alex Garland, réalisateur et scénariste bien connu d’Hollywood qui a d’ailleurs réalisé l’exceptionnel Civil War en 2024 ; les deux hommes avaient d’ailleurs travaillé conjointement sur Civil War. Tout comme leur précédente collaboration, le film est produit par la jeune mais très en vogue maison de production A24, à qui l’on doit tout un pan du nouveau cinéma américain. L’ensemble des productions d’A24 se veut être un cinéma d’auteur en toute indépendance, avec un panel de genres oscillant entre horreur, romance ou cinéma d’action.

    Le film est assez à contre-courant de ce que je pensais voir. Je m’attendais vraiment à un cinéma d’action plutôt haletant, le tout dans une image assez léchée. Pour autant, c’est en fait un huis clos assez lent qui s’impose rapidement au spectateur. Le film s’ouvre pourtant sur une séquence explosive de fraternité et de bromance militaire, des jeunes soldats s’enivrant du clip Call on Me d’Eric Prydz (un clip d’ailleurs librement inspiré d’une séquence culte de Perfect de James Bridges). On est vite entraîné par leur fougue, prêt à les accompagner dans leurs missions. Pourtant, la réalisation coupe très vite court à notre excitation avec un cut tranchant qui nous transporte directement dans le silence total d’une rue d’Irak. Les soldats, en colonne, semblent vouloir investir une maison sans bruit.

    Ce travail du son, passant de l’euphorie sur de la pop à un silence total, est un des nombreux effets sonores qui permet au film de mettre en place toute la tension accompagnant sa narration. En effet, l’entièreté du film est accompagnée d’un excellent travail sonore qui permet de jouer avec la tension ressentie par les militaires comme les spectateurs. Les silences fendus par un bruit de tir, les radios qui s’époumonent ou les tympans complètement sonnés des personnages suite à des déflagrations : tout est mis en place pour offrir une ambiance immersive au plus proche de ce que peut être la guerre.

    Tout comme dans Dunkerque de Christopher Nolan, c’est le son qui fait la guerre ; même à l’abri, on est rappelé au réel de l’extérieur. Les épouvantables vidéos des drones sur le front ukrainien rappellent que la guerre est accompagnée par tout un ensemble de sons aussi particuliers les uns que les autres et que la bande sonore des affrontements n’est pas seulement faite de cris et de bruits de tirs ou d’explosions. Ce travail sonore est l’œuvre de Glenn Freemantle et Ben Barker, avec Howard Bargroff en codirection, mais aussi de Howard Bargroff pour les dialogues et la musique, et de Richard Spooner pour le mixage. Glenn Freemantle et Ben Barker ont capturé de vrais bruits de balles et d’impacts pour créer une bibliothèque de sons authentiques à mettre en image au sein du film.

    Le montage est aussi important dans cette tension qui monte crescendo ; la monteuse Finn Oates en est l’architecte. Elle crée ce jeu de contrepieds et de surprises qui vient écraser le spectateur sous l’angoisse vécue par les soldats. Il semblerait que son travail plaise : elle est la monteuse du prochain film de Danny Boyle !

    Ce qui est intéressant, c’est de voir que le film garde un style très similaire à celui de Civil War dans sa photographie. Avant même de découvrir le nom de Garland au générique, je trouvais des points communs dans la façon qu’a la caméra d’investir l’espace pour en offrir une vision large et complète. Tout comme le personnage photographe de Civil War, la caméra recule pour offrir ces plans d’ensemble qui permettent, même quand ils sont très rapides, de prendre toute la mesure de la situation. Les corps agglutinés, les traces de sang, la lumière assombrie : tout est là, en un plan, comme pour rappeler la situation générale et resituer les personnages. Cela dit, la proximité que la caméra va chercher dans certaines séquences avec les corps des militaires accentue les émotions ressenties : la perte de repères, la suffocation, la peur, tout est là dans ces plans défiant l’intégrité physique.

    Le problème que peut rencontrer le film, c’est ce qui en fait pourtant son essence : c’est un huis clos de guerre. Les films qui sont basés sur la résistance d’un point géographique sont légion dans le cinéma de ce genre, mais Warfare semble parfois manquer de présence ennemie. La tension est palpable, mais personne n’investit les lieux ; tout reste très lointain, tout en bruits et en ombres. Comme dans Full Metal Jacket, l’ennemi est invisible, presque absent de notre perception. Et dans ce type de film, c’est sa proximité et les vagues déferlantes sur la défense qui font l’action. Là, non. On reste en protection, bien enterrés dans cette maison sans vraiment en sortir pour voir ce qui se déroule dehors. Et ça semble parfois manquer de profondeur. J’ai bien conscience que le film est une histoire vraie et donc qu’il n’a pas forcément vocation à rendre la fiction plus glaçante que la réalité vécue par le réalisateur, mais en tant que spectateur bien installé dans son canapé et dont la sécurité n’est pas compromise, on s’ennuie un peu !

    Les plans de drones permettent de comprendre un peu la situation extérieure et c’est presque plaisant de sortir de la maison; les quelques scènes extérieures apportent vraiment du souffle au film, on en aimerait plus ! Pour la petite parenthèse, le film Eye in the Sky de Gavin Hood traite de la présence des drones dans les opérations de terrain selon trois axes de perception différents ; j’en ai gardé un excellent souvenir avec une critique plutôt intéressante de l’éthique de l’utilisation des drones et du stress post-traumatique chez les pilotes de drones. Ces derniers étant tout aussi touchés que les soldats de terrain malgré la distance les séparant de leurs cibles.

    Pour en revenir à Warfare, malgré toutes les qualités du film, il reste assez plat pour quelqu’un habitué à ce type de cinéma. D’autant plus que la question éthique du cinéma de guerre américain plane toujours au-dessus de leurs films. L’invasion américaine dans différents pays du Moyen-Orient et leurs différentes « missions de paix » dans différentes parties du globe sont, comme toujours, des mises en lumière de leur stratégie d’impérialisme. La résistance des pays envahis, du Vietnam à l’Afghanistan, reste un sujet bien moins binaire que le cinéma américain peut le montrer et la légitimité des guérillas est tout autant floue. Dans une guerre, tout n’est pas noir ou blanc ; il n’existe que le gris des gravas et le rouge du sang.

    “Not only will America go to your country and kill all your people. But they’ll come back 20 years later and make a movie about how killing your people made their soldiers feel sad.”
    — Frankie Boyle

  • Good Bye Lenin (Wolfgang Becker, 2003)

    Good Bye Lenin est le film de nos années collège, nous, fils de l’Europe capitaliste naissante, de l’Euro et de la liberté de mouvement des hommes au sein de l’Europe. Il raconte la base de notre société occidentale, ses derniers aspects d’un temps révolu. Il raconte le passage dans un nouveau monde, et, en un sens, les sacrifiés de cette évolution.

    Le film suit Alexander à Berlin-Est, en RDA. Christiane, sa mère, s’investit totalement dans la vie sociale du régime communiste. Mais, lors du 40e anniversaire de la RDA, elle est victime d’un infarctus et tombe dans le coma. Lorsqu’elle en sort, l’Allemagne, avec la chute du mur de Berlin, a connu des bouleversements majeurs. Craignant un nouvel infarctus causé par ces grands changements, Alexander décide de lui cacher la fin de la RDA et entraîne son entourage dans sa folle tentative de recréer une époque révolue.

    Le film est vraiment une excellente vision de ce qu’a pu être la RDA dans son idéal socialiste. Les emplois oisifs et inintéressants imposés pour tuer le chômage, la logique culturelle faite de chansons à la gloire du régime socialiste, et toutes ces activités un peu risibles que la mère d’Alexander encadre dans le plus pur amour du parti. Mais aussi la pauvreté et le faible pouvoir d’achat, tous les meubles étant vieillots, comme les vêtements, les voitures Trabant sur commande reçues deux ans après la commande, ou les produits venus de l’Est russe. Tout le film fait office d’image d’Épinal de cette période inconnue de beaucoup d’Européens. Cela dit, le film est beaucoup moins acerbe à propos de cette période que ne peut l’être La Vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck (2006), qui dépeignait une RDA beaucoup plus surveillante, violente, où la pensée et la logique étaient beaucoup plus réprimées. Good Bye Lenin est peu critique sur la question répressive en RDA ; seuls quelques courts instants de révoltes gentiment matées sont montrés à l’écran. Mais on reviendra sur ce manque de critique.

    Le passage à l’être européen, avec la chute du mur et la réunification des deux Allemagne, est finement amené par des images d’archives. La révolution culturelle capitaliste est racontée comme un vent nouveau sur les personnages : les habits, les mœurs, la culture, tout vient à changer et, en quelques mois, les personnages, tout comme leur pays, sont complètement bouleversés. Le travail se fait au profit d’entreprises privées, les supermarchés se remplissent de Coca-Cola, et le passage de Checkpoint Charlie devient une activité touristique un peu pittoresque. Cependant, cette révolution s’impose par la force et semble laisser un paquet de monde derrière elle ; on retrouve de nombreux personnages nostalgiques de l’Allemagne socialiste. C’est d’ailleurs tout le concept du film : l’Ostalgie, une pensée allemande des années 1990-2000 prônant la nostalgie de la RDA. En 2009, on estimait qu’un Allemand originaire de l’Est sur cinq ressentait une forme d’« ostalgie ». L’Allemand moyen, devant faire face au chômage, au productivisme et à la concurrence étrangère, se retrouve, comme tout humain, dans un « c’était mieux avant » maladroit. Le film met lui aussi en scène de nombreux personnages oubliés, s’enivrant pour oublier la défaite de leur ex-idéal.

    Le film est typique des films européens de la période, jonglant entre identité nationale et ouverture sur un monde nouveau sans frontières. Quand L’Auberge espagnole de Cédric Klapisch (2002) prônait le libre déplacement des personnes et la force de la jeunesse européenne dans sa capacité à se déplacer et rencontrer l’autre, Good Bye Lenin paraît, lui, beaucoup plus rétrograde. Le paradoxe que rencontre le personnage principal incarné par Daniel Brühl semble le tirailler en tout point, comme refusant sa propre évolution en justifiant son mal-être par le maintien de la santé de sa mère. Cet attachement à ces petites choses qui faisaient son pays rappelle souvent, tant dans l’histoire que dans la réalisation, Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet (2001). En dépit de la musique, elle aussi composée par Yann Tiersen, c’est à de nombreuses reprises que l’on retrouve des similarités avec le film de Jeunet. Et ce, parmi d’autres références cinéphiles plus ou moins poussées !

    Good Bye Lenin est un merveilleux film pour comprendre l’Europe d’hier et la réunification allemande. Il rappelle les difficultés qu’a connues ce pays après-guerre et ouvre une fois de plus le devoir de mémoire d’une période pas si lointaine ! J’avais vu ce film au collège ; il me semble que c’est un bon moment pour comprendre tout ça. Pensez-y avec vos ados.

  • La playlist de Mai

    Petite tradition mensuelle. Bonne fêtes à tous les travailleurs de tous les horizons.

    Fuck un patron outrancier. Fuck un milliardaire.

    Playlist des chantiers au soleil. Force à tous.

    Testimony – Ace Hood: L’album est pas foufou, mais l’intro est plutôt cool

    … Victory Lap – Fred Again…, Skepta, Plaqueboymax: J’aime beaucoup Fred Again depuis quelques années, et Skepta est pas mal en MC de la house/électro anglaise

    Pick your poison – KiLLOWEN: Inconnu au bataillon, mais on reste en Angleterre

    Dimension parallèle – Vald: J’aime le pas de coté electro de Vald, blauweburgval

    Les matins de Paris – Teki Latex, Lio: Le Mouse Cast de Medhi Maizi avec Teki Latex est un régal et a permis cette découverte

    Best Friend – 50 Cent: Toujours un classique dans mes playlist, celui ci est très bien en voiture les vitres ouvertes

    Daily Routine – Joey Badass: Fadi, on pense à toi, merci pour cette énième découverte

    Bruno – Tuerie: Le Story Telling c’est toujours bien, le sujet de l’histoire c’est autre chose

    No Face No case – Costa, Médine: J’ai appris que Costa était grec, beau couplet de Mdine, fck les fafs

    Oh Mama – Elh Kmer: Toujours bon cet album, belle découverte

    Euphoria freestyle – Krisy: Pas l’album de ma vie mais pas dégueu, très bel interlude

    Off – EDGE: J’aime beaucoup Edge, il me surprend comme le breakbeat sur ce morceau

    Nesety Nafsek – nour: Très belle performance à COLORS, j’adore cette voix

    Erghad Afewo – Tinariwen: J’ai appris que le rock touareg existait et que Tinariwen faisait ça bien depuis des années, beau travail sur les clips aussi

    Ce qu’on devient – Feu! Chatterton: Toujours aussi fort, jamais déçu

    Irene – Rodrigo Amarante: Petit banger oublié du même interprète le générique de Narcos

    Bisous à vous, rdv le mois prochain pour d’autres petites découvertes musicales.

  • Les derniers films en date

    J’ai pas eu le temps d’écrire un article la semaine dernière alors je me permets de parler de quelques films que j’ai vu dernièrement sans en faire un sujet en particulier. (Le premier est nul).

    Wasabi (Gérard Krawczyk, 2001)

    Quand j’étais petit, j’étais un fan hardcore de Yamakasi, pour certains enfants c’est Le Monde de Nemo, pour d’autres c’est La Reine des Neiges, moi c’était Yamakasi. C’est sûrement le film que j’ai le plus regardé dans ma vie, et dans les bandes-annonces du DVD, il y avait celle de Wasabi, une comédie française assez basique avec Jean Reno dans le premier rôle. Lors d’un vide-grenier, j’ai trouvé et acheté le DVD.

    Selon Allociné: Flic solitaire au grand coeur mais aux méthodes parfois musclées, l’inspecteur Hubert se retrouve en vacances forcées après avoir rossé le fils du préfet.

    Wasabi est une énième production de film de Luc Besson, réalisée par Gérard Krawczyk, le réalisateur de Taxi 2/3/4. Luc Besson a trouvé son artisan et en voilà une des nombreuses productions. Honnêtement, c’est assez nul, quelques bonnes vannes au début, mais le film s’essouffle si rapidement. Le choc culturel France-Japon est vu et revu, et Jean Reno n’est vraiment pas très bon. Petite pensée à Michel Muller, qui est un peu oublié par le cinéma français malgré sa grande présence dans les années 2000. Bref, c’est oubliable, passons à la suite, et bisous à Carole Bouquet qui fait une douce apparition, peut-être notre meilleure James Bond Girl frenchie ? T’es super Carole.

    Bref, passons à la suite.


    War Photographer (Christian Frei, 2001)

    War Photographer est un documentaire EXCEPTIONNEL sur James Nachtwey, un des plus grands photographes de guerre que le journalisme ait portés. Il raconte la carrière de Nachtwey au travers de différentes époques de travail, en mélangeant des interviews du photographe et des récits de partenaires de travail, ou proches de ce dernier. En reprenant le cours de certaines époques de son travail (le génocide rwandais, la guerre du Kosovo ou le conflit israélo-palestinien), on découvre un personnage énigmatique et mutique qui s’est voué corps et âme dans une quête de monstration des horreurs du monde.

    Dans ce documentaire, c’est aussi tout le métier de photographe de guerre qui est exploré, entre la quête d’une photo marquante qui a pour but de bouleverser l’opinion publique et un sens de l’artistique immense. Les photos de Nachtwey sont magnifiques, même si elles dépeignent des tragédies de l’humanité. Au-delà de son travail de terrain raconté au travers de ses dires et ses photos, on le verra aussi travailler hors des zones de conflits sur des sujets qui l’entêtent, l’extrême pauvreté et les famines. Sa capacité d’intégration, malgré son mutisme, au sein de nombreuses situations de tension fait de lui un spectateur de bouleversements, et par son objectif, il nous permet aussi d’y assister.

    James Nachtwey un immense photographe, et le documentaire est quant à lui une magnifique mise en lumière de sa personnalité et de son travail. Il est difficile de trouver des productions cinématographiques mettant en scène dignement les photographes de guerre, de souvenir Eyes of War de Danis Tanovic n’était pas fameux, cela dit le récent Civil War d’Alex Garland est exceptionnel et je vous invite à le voir et revoir dans les meilleures conditions.

    Je mettrai quelques photos que j’apprécie de James Nachtwey en fin d’article pour éviter à qui préfère l’éviter, de voir ces photos. Certaines sont très difficiles mais j’ai déjà opéré une certaine sélection.

    Allez voir ce documentaire que diable.


    Plus fort que moi (Kirk Jones, 2025)

    Plus fort que moi (« I Swear ») est le film biographique de John Davidson, jeune adolescent écossais qui peu à peu se retrouve être atteint du syndrome Gilles de la Tourette, une pathologie qui est caractérisée par des tics moteurs et vocaux. Vous devez connaître au vu du côté « amusant » de cette maladie. C’est là tout le propos du film : comment paraître normal aux yeux des autres quand on ne cesse de dire ses quatre vérités ou pire, et qu’on ne maîtrise pas ses plus belles grimaces.

    Le film est une magnifique comédie dramatique mettant en lumière le tragique de l’évolution de cet adolescent modèle qui peu à peu devient une bête de foire dans son environnement et le sujet de conflits familiaux importants, jusqu’à la rencontre d’une femme qui l’aidera petit à petit à vivre malgré cette pathologie.

    Je trouve parfois que les films sur le handicap suivent un schéma narratif et émotionnel similaire, d’Intouchables à Forrest Gump en passant par Hasta la Vista, alternant entre les farces amenées par la situation handicapante des personnages et la tragédie de leur mise au ban de la société. D’autant plus avec cette quête des scénaristes de vouloir trouver le handicap « exclusif », celui qui n’a pas été mis en lumière au cinéma (ça c’est moi qui fais mon râleur).

    CEPENDANT, le film est une bombe d’humour et d’émotions, et l’évolution de ce jeune homme, en dépit de son handicap, est bouleversante ; j’ai pleuré de rire et j’ai aussi eu une single tear à d’autres moments.

    Petit point sur les acteurs qui sont vraiment, vraiment bons, à commencer par Robert Aramayo qui tient le premier rôle et qui est incroyable dans son interprétation des tics nerveux ; j’ai cru l’acteur réellement atteint par le syndrome de la Tourette, alors que je l’avais déjà vu incarner un elfe ou un jeune Stark dans les séries Les Anneaux de Pouvoir et Game of Thrones. Maxine Peake est quant à elle exceptionnelle, un peu style Helena Bonham Carter, émouvante et chaleureuse. Shirley Henderson, qui joue la mère, est horrible dans son rôle de matriarche qui n’a pas su quoi faire et s’est engagée dans une humeur maussade et prostrée face à la maladie de son fils. Peter Mullan est quant à lui immense en père de substitution bourru et accueillant.

    Bref, ce film fait date car il ravit les cœurs malgré le sujet difficile qu’il aborde, celui du handicap et du regard sur autrui.


    Samuel (Emilie Tronche, 2024)

    Depuis quelques temps, je voyais passer des extraits de ce dessin animé mal dessiné qui semblait aborder la vie d’un enfant, je n’y avais pas beaucoup prêté attention jusqu’à ce que lors du festival Music et Cinéma à Marseille, on m’en parle comme d’une œuvre émouvante et bien plus reconnue que je ne l’avais imaginée. J’ai donc regardé l’intégrale sur YouTube, et c’est top.

    Samuel raconte l’histoire d’un jeune enfant en CM2 qui raconte à son journal intime son quotidien, entre ses parents trop chiants, son amour pour la grande Julie et ses relations amicales entre son meilleur copain Corentin et Bérénice qui est trop bizarre.

    La série d’animation est réalisée et doublée par Émilie Tronche, animatrice française fille de professeur des écoles dont les productions sont très axées sur l’enfance et le mouvement des corps. On retrouve de nombreuses scènes de danse et la série a d’ailleurs une super BO.

    Ce qui est vraiment intéressant dans Samuel, c’est de se replonger dans l’enfance avec un regard frais sur celle-là, de se rendre compte de la simplicité de la vie à cet âge-là et pourtant de la complexité d’être un enfant tant dans son épanouissement qu’en termes de relations. C’est léger, beau et parfois on frise l’émotion tant la série réussit à saisir la poésie de l’enfance. Les chaussures qui courent vite dans la pente près de la place, l’ennui dans les sorties au musée, et le regard à travers la vitre au retour du spectacle de fin d’année, c’était ça aussi l’enfance. La série sait nous rappeler à quel point ces moments anecdotiques sont importants.

    J’en profite pour un mini coup de gueule, le prix du merch est passé sous mes yeux : 45 euros le mug et 30 euros l’affiche, vous croyez vous êtes qui bordel ?


    As Bestas (Rodrigo Sorogoyen, 2022)

    Le fameux film dont tout le monde parlait quand il est sorti mais que je n’ai vu que quatre ans plus tard. Sixième film de Rodrigo Sorogoyen, As Bestas raconte l’histoire d’un couple de Français ayant emménagé dans un petit village du nord de l’Espagne pour changer de vie, sans compter sur leurs voisins qui en ont assez de cette vie isolée et difficile.

    J’avais déjà vu un film de Sorogoyen, Que Dios nos perdone, et j’avais vraiment trouvé que c’était un mash-up espagnol de Seven de David Fincher et Rain Man de Barry Levinson. Mais le film était vraiment bon et racontait bien la tension ambiante de l’Espagne et sa police durant les manifestations des Indignés en 2011. Il était dans la trempe de La Isla mínima, ces films espagnols qui nous montrent une image bien plus violente de la société que celle que l’on connaît, avec son passé de guerre civile ou de dictature et sa place si particulière dans une Europe qui ne l’attend pas.

    As Bestas, quant à lui, est un excellent thriller, tant dans la tension qu’il crée dans ce conflit de voisinage dont on comprend rapidement la finalité, que dans sa réalisation faite de regards en coin et de nature sauvage. La scène d’introduction donne très vite le tempo du film, celle d’habitants qui contiennent une rage intense dans un calme olympien, une violence silencieuse. Denis Ménochet, qui est pourtant un grand gaillard, est rapidement mis à mal par les blagues de campagnards et les discours amers sur l’évolution dont il ne sait pas se dépêtrer. Les deux frères voisins des Français, Loren et Xan, incarnés par Diego Anido et Luis Zahera, sont quant à eux exceptionnels, bourrus, violents et explosifs, on sent toute la folie qui les habite après toutes ces années de dur labeur sans récompense.

    Très proche de Chiens de paille de Sam Peckinpah, le film est vraiment prenant dans ses séquences longues et sa tension du « que va-t-il se passer ? » permanente. Je recommande malgré quelques légères longueurs sur la fin qui transforment le thriller espagnol en film d’auteur français, le casting bi-national permet ce pas de côté et on ne lui en tiendra pas rigueur.


    C’est la fin de ce petit résumé de mes dernières projections personnelles, je vous laisse avec le travail de James Nachtwey comme vu plus haut. Prenez soin de vous et vive l’art, la plus belle invention de l’humanité.

  • Soyez sympas, rembobinez (Michel Gondry, 2009)

    Hier soir, malgré la quantité de films et séries présents sur le web et dans mon ordi, j’ai repris ma collection de DVD et j’ai voulu avancer sur le grand tri de ces derniers. Et à l’étage « musical » des films, à côté du Dave Chappelle’s Block Party du même réalisateur, j’ai trouvé Soyez sympa, rembobinez de Michel Gondry. Plein de souvenirs, j’ai lancé le film et j’ai adoré comme si je découvrais le film pour la première fois.

    Cinquième film du réalisateur, Soyez sympa, rembobinez (Be Kind Rewind) raconte l’histoire de Mike, employé du vidéo-club d’Elroy, son père adoptif. Alors qu’Elroy est parti quelques jours, la totalité des VHS de la boutique est effacée par Jerry, un ami de Mike, qui a été magnétisé en tentant de saboter une centrale électrique. Pour sauver le vidéo-club de la faillite et satisfaire la demande des plus fidèles clients, les deux hommes décident de réaliser eux-mêmes les remakes des films effacés.

    Mettant en scène le rappeur Yasiin Bey (aka Mos Def) dans le rôle de Mike, et Jack Black dans les rôles principaux, le film est une magnifique comédie et une ode au cinéma américain des années 90-00. Les deux compères, qui s’enfoncent dans leurs mensonges, se retrouvent à créer un genre de remakes totalement barrés : les films « suédés » (supposément des films venus de Suède). On verra SOS Fantômes, Robocop ou 2001 : l’Odyssée de l’espace se faire « suéder » par les réalisateurs en herbe et, face à l’engouement des clients, ils iront jusqu’à créer leur propre studio de cinéma, incluant même les clients dans leurs réalisations.

    Le film est génial, il laisse à Gondry toute la place pour sa créativité de bidouilleur comme on lui connaît bien, lui qui vient dans un premier temps du clip et qui nous a laissé un bon nombre de productions toutes aussi rigolotes et ingénues les unes que les autres, entre IAM, Björk ou The White Stripes. Mos Def dévoile tout le potentiel comique qui lui est propre, oscillant entre ses petites moues de benêt et son stress de bien faire ; lui est premièrement connu pour être un maître des rimes du rap new-yorkais et était déjà présent dans l’immense Dave Chappelle’s Block Party de Gondry deux ans plus tôt.
    Jack Black, quant à lui, est au sommet de sa folie et Gondry n’hésite pas à en faire un clown fou mais visionnaire. Les deux compères sont accompagnés par un bon nombre de personnages secondaires hauts en couleur incarnés par Danny Glover, Mia Farrow, P.J. Byrne ou encore la grande S.W. (je ne dis pas le nom pour laisser la surprise, mais c’est fort !).

    L’entièreté du film est aussi un hommage à ces petits combats de l’ombre contre la gentrification et la modernité, entre la lutte des deux personnages contre la destruction de leur vidéo-club et celle contre l’arrivée du DVD. Le film est aussi un petit manifeste pour le maintien de la mémoire d’une ville. Tout le film tourne autour de la conservation de la mémoire de Fats Waller, un jazzman important des années 30 qui aurait supposément habité le vidéo-club, n’en déplaise à la mairie et aux promoteurs qui souhaitent la destruction de ce bâtiment. La production du film a énormément inclus les habitants de la ville de Passaic, tant en figuration que dans le casting ou certains moments de la production, comme on peut le voir dans le making-of.

    Au-delà de son histoire comique, le film est aussi une invitation à la réalisation. Le concept de « suédage des films » est devenu, suite au succès de Soyez sympa, rembobinez, un genre à part entière du cinéma amateur mondial. Gondry a exploité cette idée pour en faire un festival et a même invité trois des meilleurs films suédés dans les bonus du DVD ; de nombreux autres festivals se sont créés à partir de cette idée. Gondry a, suite à cela, lancé l’Usine de films amateurs, un lieu parisien où matériel de réalisation, décors et costumes étaient prêtés à quiconque souhaitait réaliser un film le temps d’une journée. Ce concept a d’ailleurs aussi trouvé place dans d’autres villes : Bruxelles, New York, Johannesburg, Buenos Aires ou Marseille la belle.

    Michel Gondry est un immense réalisateur, de ceux que l’on ne peut pas attraper, qui virevolte entre les projets et dont la créativité est impressionnante. Je recommande sincèrement le documentaire Do It Yourself de François Nemeta qui lui est consacré et qui revient sur son parcours et ses coups de génie dans la pub, le clip ou le cinéma. Si tant est que le cinéma de ce réalisateur vous plaise, je vous renvoie aussi à The We and I, huis clos dans un bus scolaire de Brooklyn, une pépite un peu oubliée de la filmographie du réalisateur. Pour ma part, j’ai eu à réaliser un film suédé d’Orange Mécanique lors de mes études ; je ne vous laisserai pas de lien mais juste une image, démenez-vous pour trouver le reste.

  • 28 ans plus tard, le temple des morts (Nia DaCosta, 2026)

    Les films de zombies, c’est toujours bien, même quand c’est nul. Ce n’est pas très compliqué : soit ils courent, soit ils sont lents. Soit c’est eux le problème, soit ce sont les survivants qui deviennent eux aussi des prédateurs. On a eu droit à un nombre invraisemblable de films de zombies au cinéma ; le programme Blow Up d’Arte en a recensé une belle brochette. Mais s’il est une saga de films de zombies qui reste adulée par tous les fans, c’est bien celle de 28 jours plus tard.

    Initialement un film de Danny Boyle sorti en 2002, le film met en scène Jim qui, en sortant du coma, se retrouve dans un Londres désert et pris d’assaut par des zombies ; il se réfugiera, après de nombreux efforts, en campagne pour fuir l’agitation et la violence environnantes.

    En 2007 sortira la suite, 28 semaines plus tard, réalisée par Juan Carlos Fresnadillo. On retrouvera ce même monde qui commence à se soigner et qui, peu à peu, retrouve une vie normale dans certains quartiers sur-militarisés. Une famille tente de retrouver une vie normale dans ces conditions, mais sans compter une brèche dans la sécurité du quartier et l’invasion de zombies.

    Les deux premiers films sont détonants. 28 jours plus tard étant réalisé par l’immense Danny Boyle, réalisateur anglophone de Petits meurtres entre amis (1994), La plage (2002) ou plus récemment Slumdog Millionaire (2008), on ne compte plus ses réussites ni son talent. Très marqué dans son imagerie et ses aspects de réalisation, on lui doit la base de réflexion de la saga. Un film qui joue avec la texture de l’image, son grain, tout autant que le rythme du montage. Le film est une fuite, une poursuite endiablée pour un idéal illusoire. La mort aux trousses. On pourrait y voir des points communs avec le côté poisseux des premières réalisations de Caro et Jeunet dans Delicatessen (1991). Une teinte grise et jaune en permanence, rendant l’univers froid et poisseux, comme suintant.

    28 semaines plus tard garde cette teinte et cette frénésie, mais le budget du film et son casting rendent le film moins dégoûtant. Les munitions des armes sont présentes à foison, on a droit à Jeremy Renner en beau militaire efficace, et puis on sent que le duo réalisateur/scénariste du premier opus n’est plus là. Mais le film reste marquant : la trahison familiale et l’idée d’un possible remède relancent la narration. Une bonne suite qui conserve malgré tout le cap du premier film.

    La saga semblait finie et les rumeurs de suite traînant depuis 2007 ne laissaient rien envisager. Mais les producteurs, dans leur grand manque d’inspiration qui caractérise le cinéma des dix dernières années, ont donné tort au public. Cillian Murphy, incarnant Jim dans le premier opus, étant devenu un des acteurs les plus bankables du cinéma depuis la série Peaky Blinders et l’oscarisé Oppenheimer (Christopher Nolan, 2023), décide de mettre la main à la pâte, et Alex Garland, scénariste du premier opus et réalisateur de l’immense et sous-coté Civil War (2023), semble lui aussi reprendre le flambeau.

    En 2025, après 19 ans d’attente, sort 28 ans plus tard, réalisé par Danny Boyle et scénarisé par Alex Garland. Le topo : 28 ans plus tard, le virus a été éradiqué d’Europe, mais le Royaume-Uni, ayant été jugé irrécupérable, est devenu une zone de quarantaine laissant les survivants à leur sort. Une petite communauté s’est établie sur une île uniquement accessible à marée basse et survit convenablement. Spike, 12 ans, s’apprête à faire sa première sortie sur le continent avec son père Jamie.

    Le film est plutôt pas mal, n’en déplaise aux critiques. Il amène de nouvelles pistes : la naissance de zombies « Alphas » d’une force et intelligence décuplées, la présence de militaires européens en opération sur le territoire péninsulaire, et la survie de l’espèce humaine dans des micro-sociétés. Niveau réalisation, Danny Boyle utilise de nouvelles techniques et réopère ses réflexions d’imagerie et de montage, le film alternant entre caméra de cinéma mais aussi GoPro et plans à l’iPhone (cf. image ci-dessous). La narration est plutôt intéressante et Ralph Fiennes fait un excellent fou du bus. Bref, j’avais plutôt aimé de souvenir, et la saga pouvait se clôturer malgré la fin ouverte.

    Et pourtant, horreur et damnation, à peine 6 mois plus tard, qui voilà ?!

    Un autre opus, sorti tout droit de nulle part, sonnant à notre porte un plateau de Dubitchous dans les mains. J’ai eu beau faire la sourde oreille quelque temps, je n’avais pas le choix que de voir ce film (merci YTS.Torrent).

    Ce deuxième volet de la trilogie prolonge directement l’intrigue du film précédent, en explorant les conséquences d’un monde toujours ravagé par le virus de la rage. Le docteur Ian Kelson noue une relation avec un infecté Alpha. Pendant ce temps, le jeune Spike est forcé de rejoindre Jimmy Crystal et sa secte. Cette rencontre va rapidement tourner au cauchemar. Source : Wikipedia (petite flemme de réécrire constamment les synopsis).

    Le plus gros problème de cet épisode, c’est son nom. Si le film n’était pas obligé de s’inscrire dans la suite de narration et des codes de réalisation des précédents opus, on pourrait presque considérer le film comme pas mauvais. Tout d’abord, on peut remercier les deux acteurs principaux tenant le film. Jack O’Connell, incarnant Jimmy, est plutôt terrifiant dans son rôle de gourou sanguinaire qui maîtrise sa bande de jeunes enfants soldats d’une poigne de fer. Son personnage est d’ailleurs très inspiré par Jimmy Savile, une personnalité de la télévision britannique connue pour ses innombrables actes pédocriminels. On reconnaît que le choix de cette représentation est fort. Jack O’Connell, étant un acteur plutôt coutumier du cinéma d’horreur autant en début de carrière dans Eden Lake de James Watkins (2008) que récemment dans Sinners de Ryan Coogler (2025), fait excellemment bien son travail ; cela dit, son personnage ne sert pas vraiment le propos et on reste sur notre fin malgré la violence engendrée par la clique de « Jimmies ».

    Ralph Fiennes, quant à lui, incarne le Dr Ian Kelson, personnage énigmatique qui oscille entre folie créatrice et quête du remède contre la rage dévorant le monde et créant les zombies. Son amitié naissante avec un zombie Alpha est justement très intéressante et donne un vrai nouveau souffle à la narration. Sa recherche de la raison au sein d’un cerveau variolé par la rage de l’Alpha tout au long du film est plutôt prenante et on se plaît à cette douceur qui tranche avec la violence de Jimmy et ses droogies. Leur rencontre n’en sera que plus forte, laissant apparaître toute la créativité d’Ian. D’autant plus que ses réflexions entraînent le spectateur dans une quête de réponse quant à la source de la contamination au sein de la psyché des zombies. Un voile serait posé sur le regard ? Cela rappelle étrangement l’épisode 5 de la saison 3 de la série britannique Black Mirror : on y découvre des militaires tuant des migrants qu’ils croient être des monstres suite à une intervention sur leur perception du réel. Ralph Fiennes rappelle à quel point certains acteurs ont brillé dans la saga, tant dans leurs incarnations de la survie que dans la folie contaminée.

    Question mise en image, le film perd sincèrement en style et on a l’impression que la réalisatrice a juste récupéré les décors et les équipements de réalisation du précédent film et qu’elle a dû faire avec. Très peu de plans à l’iPhone, quelques vagues plans de GoPro ; la majorité du film est filmée de façon très basique dans un style de cinéma d’horreur sans goût. Seule la scène de la rencontre entre Ian et Jimmy dénote dans le paysage de scènes du film.

    Bref, le film perd cruellement en style et ne survit que par la présence des deux acteurs principaux, sans parler de la violence gratuite qui transforme l’horreur en gore déraisonné et hors propos. C’est triste au vu des réussites de la saga qui nous avait habitués à tant ; cela dit, le film semble plutôt un épisode intermédiaire oubliable pour le prochain et dernier épisode mettant en scène Cillian Murphy et ce qui semble être sa fille. J’attends sincèrement de voir si Hollywood et le temps ont détruit cette saga ou si elle réussit à se sauver la vie comme ses personnages.

  • BoJack Horseman, le bonheur et les nuances.

    En 2018, j’étais un étudiant éconduit par les masters de cinéma. Mauvais élève au lycée, mauvais élève à la fac, plein de rêves et riche de plein d’idées, j’ai cru pouvoir tenter des écoles en basant mes compétences sur ma vision et mes expériences professionnelles. Mais les portes sont restées fermées.
    Suite à une conversation avec un ami dans une situation similaire, j’ai décidé de partir le plus loin possible. Le plus loin possible, c’est la Nouvelle-Zélande. C’est pas le plus difficile d’accès, mais c’est le plus loin possible.
    J’y ai vécu aventures et ivresses, romances et trahisons, du vrai romanesque. Et un an plus tard, je suis revenu complètement changé et encore plus déboussolé. J’avais vécu l’un des plus beaux épisodes de ma vie, et il avait pris fin. Perdu entre mes quêtes d’épanouissement et la poursuite d’un bonheur idéalisé, inspiré par des représentations impersonnelles. J’ai remis en compte mon présent en basant mon avenir sur la nostalgie du passé. (wan t’es deep)

    Quelques années plus tard, une thérapie, une histoire d’amour toujours d’actualité (luv u boo) et un deuxième retour en France plus tard (Canada cette fois-ci), j’ai appris de mes erreurs. Je me suis écouté et j’ai été entendu par mes pairs, et conjointement on a réussi à trouver le début du chemin de l’épanouissement et celui de la patience.

    Du coup je vais parler un peu de la série, et à la fin vous ferez : « Haaaan, c’est pour ça l’intro ».
    Pendant mes années universitaires, un certain Bounous m’a conseillé cette série. Je ne l’ai pas regardée pendant des années, mais à force de citations faite de cette série par des personnalités publiques, j’y suis revenu. J’ai depuis rediscuté avec Bounous, qui dit n’avoir jamais regardé cette série. Un personnage complexe ce Bounous. Bref, j’ai adoré cette série.

    BoJack Horseman est une série d’animation réalisée par Raphael Bob-Waksberg et Lisa Hanawalt et produite par Netflix entre 2014 et 2020.

    Dans un monde où les humains et les animaux anthropomorphes vivent côte à côte, BoJack Horseman, un cheval acteur connu pour avoir joué dans une sitcom des années 90, Horsin’ Around (Galipettes en famille), vit à Hollywood. Après un passage à vide de 18 ans, il s’efforce de retrouver la célébrité dans un monde hypercompétitif.
    BoJack jongle entre une vie de débauche et des amis souvent encombrants. Ses problèmes d’addiction à la drogue, à l’alcool et au sexe lui causent de nombreux déboires et, malgré la célébrité, il demeure dépressif et s’enferme dans un cycle continuel d’autodestruction.

    Il est difficile d’aborder l’entièreté d’une série au vu des nombreuses aventures vécues par les personnages et de l’évolution de leurs pensées au fur et à mesure de ces expériences. Si, dans un premier temps, la série paraît être une simple série d’animation comique et faussement trash dans la lignée des Simpsons ou d’American Dad, comme on peut en trouver par dizaines sur Netflix ou d’autres catalogues de streaming, on se rend vite compte de la profondeur des sujets abordés.

    La série, qui reste dans un premier temps une critique du star-system américain et d’Hollywood, n’est que le marchepied de réflexions plus intenses. Les différents personnages étant très marqués, on peut rapidement se retrouver à s’identifier à l’un ou à l’autre et voir en certains un idéal, tout comme dans d’autres un contre-exemple de ce que l’on souhaite être.

    BoJack, en dépit de sa place centrale dans la série, n’est qu’un élément parmi d’autres dans la quête de réponses des différents personnages. Le suicide, la quête du bonheur, les liens d’amour ou d’amitié, mais aussi l’héritage familial et le passé d’un point de vue mémoriel et émotionnel sont les principaux thèmes abordés. Tout comme l’adoption, le corps et la sexualité en sont d’autres.

    Petit disclaimer : le mélange humains/animaux est souvent bizarre et parfois même dérangeant dans les relations interespèces, mais bon… vous avez grandi avec Disney. Ce n’est pas plus bizarre que La Belle et la Bête. Vous vous habituerez rapidement à voir une baleine présenter le journal télévisé et BoJack être en couple avec une chouette.

    Je vais tenter de rapidement décrire les cinq personnages centraux de la série pour mieux définir les sujets qu’ils incarnent et leurs différentes personnalités.

    BoJack est le héros. Sa mélancolie et sa nostalgie en font un personnage profondément déprimé et jamais satisfait, en quête d’un bonheur qu’il ne trouve pas car il ne sait pas le définir. Il se réfugie alors dans les excès et se retrouve souvent à être suffisant, râleur et complètement déconnecté de la réalité. C’est aussi un cheval.

    Todd, le colocataire de BoJack, est en fait un SDF complètement à l’ouest. Super créatif, il n’en demeure pas moins très nul pour pousser un projet à son aboutissement. Sa légèreté fait de lui un personnage rêveur et naïf souvent le souffre-douleur de BoJack, qui s’en sert pour asseoir une forme de supériorité malgré tout.

    Princess Carolyn est l’agent et ex-petite amie de BoJack. Elle tente par tous les moyens de faire réussir son catalogue de clients, quitte à jongler en permanence avec les fourberies. Elle est malgré tout très sensible et vit de nombreuses tristesses entre ses échecs professionnels, ses déboires amoureux et son envie d’être mère. C’est un chat au passage.

    Diane est la biographe de BoJack et la copine de Mr. Peanutbutter. Autrice sans beaucoup de succès, elle se laisse facilement entraîner par BoJack tant dans ses excès que dans ses réflexions sur sa condition et sa quête du bonheur. Elle trouve malgré tout une forme de joie dans sa liaison avec Mr. Peanutbutter, même si elle semble en permanence vouloir tout fuir.

    Mr. Peanutbutter est un acteur d’une série similaire à celle de BoJack mais qui aura reçu plus de succès. Il est festif, joyeux, et se perd facilement dans les projets et la réussite. Tout semble lui réussir, même s’il a souvent des difficultés à comprendre ou gérer sa relation avec Diane. Il est souvent aidé par le destin. Labrador ou Golden Retriever, telle est la question.

    Le système de décomposition de la réflexion à la mode universitaire a ses utilités, et j’ai quelques restes, alors on va se le faire en trois parties.

    C’EST DUR AUJOURD’HUI

    La série est un suivi des péripéties des cinq personnages. On apprendra à voir Todd monter des start-ups plutôt florissantes de façon complètement hasardeuse, Mr. Peanutbutter tenter d’être toujours plus successful presque par obstination sans se rendre compte de l’amour qu’on lui porte déjà, ou Diane vendre son talent à la baisse à des blogs lifestyle.

    Les personnages semble plutôt déçue de leurs situations respectives, avec un goût d’insatisfaction permanente. Les astres s’alignent mal et les choses ne vont jamais comme ils le veulent. Même si la réussite ou la richesse sont plutôt là, il semble que les personnages cherchent toujours le bonheur au mauvais endroit.

    Princess Carolyn, par exemple, passe son temps à chercher le succès et la réussite de son portefeuille d’acteurs, quitte à se plier en quatre et délaisser ses ambitions de stabilité amoureuse et de devenir mère.

    Et quand rien n’est jamais parfait, il semblerait que le problème soit souvent intérieur.

    BoJack est le personnage le plus touché par des symptômes dépressifs, tant dans ses comportements de lâcher-prise vis-à-vis de ses addictions que dans son incapacité à être stable et épanoui. Sa peur d’être oublié, lui qui n’existe que par sa célébrité vu le manque de qualité de ses projets, prend toute la place dans son quotidien, même s’il souhaiterait être invisible à de nombreuses reprises.

    Lui qui est toujours insatisfait des autres et de leurs actions reste souvent insatisfait de sa propre personne. C’est sous cette forme que naissent les paradoxes de BoJack ou de ses comparses.

    C’est quand même drôle de ne voir aucun psy dans la totalité de cette série, au vu des angoisses et de la mélancolie des différents personnages. Il ne me paraît pas compliqué de constater que la majorité des comportements toxiques des personnages sont dus à des traumatismes familiaux et à la reproduction des schémas nocifs qu’ils ont pu endurer plus jeunes.

    PARCE QU’HIER

    Il faut savoir qu’aucun des personnages de la série n’est originaire de Los Angeles, d’autant plus qu’ils sont majoritairement issus de milieux précaires. BoJack est le fils d’un écrivain raté et d’une bourgeoise endettée, Princess Carolyn le fruit d’une mère célibataire, Diane vient d’une famille de rednecks compliqués… bref, rien de très cool.

    Comment trouver sa place dans la Cité des Anges, d’autant plus à Hollywood, terre d’histoires, quand on n’est pas sûr de sa propre identité ?

    BoJack, par exemple, vient d’une famille qui n’a eu de cesse de lui répéter son incapacité à être bon en quoi que ce soit et l’inutilité de son existence. Il passe son temps à vouloir être perçu de la meilleure façon possible aux yeux des autres pour se prouver qu’il vaut quelque chose, principalement pour se le prouver à lui-même, au vu des atrocités que lui répétait sa mère enfant.

    Diane, quant à elle, vient d’une famille très masculine qui ne semble utiliser les livres que pour le feu ou pour caler la table, elle qui a fait de la littérature et du féminisme de grands sujets de réflexion. D’autant plus qu’elle est souvent renvoyée à des origines vietnamiennes dont elle ignore tout.

    Ces différentes questions identitaires, faites de manque de confiance en soi et de rôles à jouer, sont les bases de nombreuses mauvaises décisions prises par les personnages, entravant leurs relations, leurs boulots ou leur bonheur.

    Et puis la mélancolie se base aussi sur des réussites révolues : BoJack passe son temps à être renvoyé à une série dans laquelle il a joué il y a une dizaine d’années, Mr. Peanutbutter tout autant.

    Dans ma vie, j’ai eu affaire à une théorie dont j’étais l’inventeur et qui pourtant se retourne souvent contre moi : la DLC des exploits.
    Quand je réussis un projet, un exploit, ou que je sors d’une période de richesse quelconque, combien de temps ai-je pour profiter de ma réussite et me reposer ? Ma réussite sera acclamée par les autres, mais jusqu’à quand ? Et question connexe, ma réussite est elle définie par le regard des autres ?

    Comment BoJack peut-il trouver sa rédemption en arrêtant de se percevoir à travers l’acteur qu’il a été ? Suis-je cet homme sur la photo ou suis-je plutôt cet homme dans le miroir ? Comment incarner les deux ?

    MAIS DEMAIN ?

    Okay Bruce Springsteen, tu nous as bien fait bader avec ton harmonica. Mais on fait quoi maintenant avec nos traumas et notre dépression ?

    Déjà, on va voir un psy. Ils manquent de psys à Hollywood ? Mais surtout, on affronte notre passé et nos erreurs.

    BoJack n’est pas mauvais dans le fond, même s’il frôle des limites assez souvent. Il se rend compte de ses erreurs et a bien conscience de ses problèmes, voire de leurs sources, et il peut faire le bien quand il le souhaite vraiment. Todd a bien conscience qu’il est un traînard et tête en l’air, mais personne ne semble aussi engagé que lui quand il le faut, et Princess Carolyn comprend que son envie d’être maman est là pour recréer un lien perdu avec sa propre mère qu’elle a l’impression d’avoir abandonnée.

    En dépit de l’acceptation de sa propre identité, le chemin parcouru est aussi synonyme de tristesse, d’actes manqués et de trahisons. Alors que faire si ce n’est apprendre à vivre avec ses erreurs ?

    La quête de la réussite étant éternelle dans le métier d’acteur, on se rend vite compte que ce n’est pas sous cette forme que viendra le bonheur. Un personnage de producteur ose dire que le jour où il a reçu l’Oscar était « le jour le plus triste de sa vie ». L’accomplissement et l’épanouissement doivent passer par autre chose, dans un univers de paraître, que par la réussite populaire.

    Dans ce qui me paraît être le plus bel épisode de la série, l’épisode « sous-marin », BoJack se retrouve pris dans des pérégrinations chaplinesque dans un monde totalement muet car sous-marin. Au travers de ses déboires, il tente de se rabibocher avec Kelsey, une réalisatrice dont il est responsable de l’éviction d’une production passée.

    Il tente de résumer en quelques mots ses excuses et écrit :

    « Dans ce monde terrifiant, la seule chose que nous avons, ce sont les liens que nous créons. »

    Je crois que la série n’apporte pas la réponse à la quête du bonheur. Elle apporte un paquet de questions sur la réussite, les traumatismes, la dépression ou la gêne d’être soi-même aux yeux des autres. Elle apporte des chemins de réflexion à parcourir mais n’offre pas de solution au mal-être des personnages.

    Cela dit, elle rappelle l’importance de l’entourage : quand BoJack gaffe, il appelle son agent Princess Carolyn, se confie à Diane, se défoule sur Mr. Peanutbutter et rit avec Todd. Il n’est pas un personnage très sain, mais il peut compter sur les siens.

    En rentrant de Nouvelle-Zélande, j’étais patraque d’avoir perdu ma place. J’étais qui je voulais être là-bas, mais cette identité avait partiellement disparue. Pour moi tout avait changé, mais pour les gens que je retrouvais, rien de ce que je racontais n’était palpable.
    A et B ne sont plus ensemble, c’était ça leur révolution à eux. Le monde a tourné, mais les murs n’ont pas bougé. C’est avec patience que j’ai su m’entourer de personnes sur qui compter, à qui tendre la main ou accepter de parler de ce que je ressentais. De là peut venir une part de quiétude.

    Dans un second temps, il me parait important de revenir sur la question de l’épanouissement professionnel. La réussite de BoJack n’est qu’affaire de perception. Comme lui, j’ai souvent eu honte de mes moments d’instabilité ou de la DLC trop lointaine de mes exploits, mais mes défaites sont des réussites pour certains. Quand je parle de mon instabilité on me toise parfois, puis je parle de voyages passés et on m’envie. Mes emplois les plus rentables ne sont pas les plus exigeants ou les plus prenants. J’ai autant été un servant riche qu’un décideur pauvre. La réussite ne se définit que par notre propre épanouissement. Et on sera sûrement jugé quelle que soit notre place, alors bon… Faites ce que vous avez à faire, ça vous fera du bien sur le trajet et vous pourrez vous retourner en paix à 80 ans. Pas pire d’être sans le sou quand on est ivre de victoires personnelles.

    Comme BoJack, j’ai mis beaucoup de temps à comprendre que le bonheur ne peut pas être permanent. Il n’existe que par une absence ponctuelle. Le monde se doit de réapprendre cette notion de nuance, je me dois de réapprendre cette notion de nuance. La réussite est une réussite par ses coups d’éclat, la richesse est plaisante quand elle permet de répondre à des envies, l’amour est beau quand on a pleuré, on aime parce qu’on a perdu. Le monde est fait de nuances, et c’est être libre que de comprendre que rien n’est permanent, même pas nous.

    Qu’il est long le chemin de la rédemption. Je n’en suis pas au bout, mais est-ce que la fin m’importe vraiment tant que le paysage me plaît ?

  • Carnaval de la Plaine 2026

    Retour en images sur le désordre annuel de La Plaine.

  • La playlist d’Avril

    Le printemps pointe le bout de son nez, la vie est douce avec ma belle, je chérie mes restes de mélancolie comme un vieux souvenir, c’est beau d’être sur le chemin de la paix.

    Voilà le petit cru du mois d’avril.

    Sugar Ray Robinson – Gizo Evoracci: Cet album est d’une quasi perfection étonnante

    PAS DU GENRE A GUINGUIN – Yvnnis: Vrai bon album, énergie, flow, textes, bounce, sacré talent

    Paris mais… – Abd Al Malik, Wallen: Parce que c’est un morceau par un sacré couple

    Maya – Simia: Pas très rock français habituellement, mais c’est cool comme vibe

    CLUBMASTER – Ino Casablanca: Le french Bad Bunny était la seule suite après le morceau précédent

    Le bruit et le silence – NeS: Un manifeste imposé avec tact et maitrise

    Hurt Me Soul – Lupe Fiasco: Parce que c’est un champion depuis toujours même sans les chiffres

    Dear Mr. Man – Prince: Il me faut du temps pour apprécier Prince, mais j’y viens doucement

    Picasso – Bigflo & Oli: J’ai jamais accroché, mais je sentais un changement chez eux, j’avais vu juste

    Amadurecer – Pedro Mizutani: C’est frauduleux comme son, tout est plus joli en brésilien

    Bebzelenayo – Abraham Afewerki: branchez vous rock érythréen, j’avoue c’est ultra niche

    U Gotta Love It – Nas: J’écoute cette tape depuis une dizaine d’années, c’est toujours aussi cool

    Chambre avec vue – Henri Salvador: Bisous Papy Michel

    ロマンス – 鈴木 弘: (Romance – Hiroshi Suzuki) Branchez vous jazz japonais, je le reledit

    Cosmonaute père & fils – Arthur H: Le voyage est une drogue fillialement transmissible

    Allez bisous, prenez soin de vous et de vos écoutilles.

  • Partir un jour et les comédies musicales.

    As far as I remember, j’ai toujours adoré les comédies musicales. Je pense que la première que j’ai pu voir doit être Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy. J’avais 7 ans et j’étais obsédé par les forains et leur liberté, parMonsieur Maxence et son amour rêvé, par Monsieur Dame et son amour perdu et surtout par Monsieur Gene Kelly, la classe incarnée et en français dans le texte. « Tiens c’est un sol mineur ?« 

    Monsieur Gene Kelly pour Chantons sous la pluie (Stanley Donen/Gene Kelly, 1952)

    Alors oui, j’ai dû croiser quelques comédies musicales avant cela : les Disney et leurs chansons cultes pourraient en quelque sorte en faire partie, eux et tous les dessins animés des années 70 à 2000. D’autant plus qu’avec le recul, on se rend compte que les chansons étaient interprétées par de grands artistes de l’époque. Tu m’étonnes que j’étais fan de Tarzan avec ses chansons interprétées par Phil Collins, toujours en français dans le texte ! Mais aussi les vieux classiques datant des balbutiements du cinéma parlant, d’un Chaplin se moquant du cinéma parlant dans Les Temps modernes ou encore Laurel et Hardy poussant la chansonnette dès qu’ils le pouvaient.

    Avec le temps, j’ai pu découvrir le genre sous d’autres formes : des films chantés comme Les Parapluies de Cherbourg, aussi de Jacques Demy (1964), où les gens ne poussent pas la chansonnette mais chantent en parlant, très chelou au début. Mais aussi sous d’autres genres avec le très bon Sweeney Todd de Tim Burton (2008), comédie musicale d’horreur au style sombre et angoissant. J’ai adoré West Side Story (Jerome Robbins/Robert Wise, 1961), j’ai adoré Moulin Rouge (Baz Luhrmann, 2001) et dernièrement j’ai adoré Sinners (Ryan Coogler, 2025).

    La meilleure scène de Sinners ?

    Partir un jour est une comédie musicale réalisée en 2025 par Amélie Bonnin. Elle met en scène Juliette Armanet dans le rôle de Cécile, cheffe étoilée qui, suite à des problèmes de santé de son père joué par François Rollin, doit repartir dans son village d’enfance. Elle se devra de porter la main à la pâte dans le restaurant familial tenu par son père et sa mère, jouée par Dominique Blanc, tout en évitant les charmes de son amour d’enfance Raphaël, joué par Bastien Bouillon. Le film est l’adaptation du court métrage du même nom, réalisé aussi par Amélie Bonnin en 2021.

    Le film est super, sincèrement. Il a la particularité de reprendre des chansons déjà existantes de la chanson française et de la pop française, contrairement à d’autres comédies musicales avec des chansons originales, mais cela reste super efficace. Bastien Bouillon qui se pavane sur Ces soirées-là de Yannick ou François Rollin qui pèle ses patates sur Mourir sur scène de Dalida, c’est beau et ça marche vraiment bien. Le film est plutôt accessible au vu du sujet traité : le coup du “retour au pays après la réussite et le déni du passé”, c’est un peu cliché mais ça marche toujours bien, et Amélie Bonnin est plutôt juste dans sa mise en scène. Il semblerait qu’elle raconte un peu sa propre histoire au détour de quelques plis du scénario.

    Cela dit, on n’en demande pas plus à Juliette Armanet qui joue simplement son rôle, mais surtout à tous les seconds rôles qui tiennent autant le film que les meilleures chansons du film ! Le catalogue de chansons est mi pop, mi variété française et c’est cool de voir K-Maro côtoyer Céline Dion (dingue l’importance des Québécois dans la chanson française). D’autant plus que les acteurs chantent avec leurs vraies voix, ce n’est pas du playback, et ça c’est cool, c’est cool parce que c’est un peu maladroit et ça ne se prend pas au sérieux.

    Bastien Bouillon sous K-Marisme

    D’où ma question : pourquoi tant de personnes détestent les comédies musicales ?

    Quand La La Land (Damien Chazelle) est sorti en 2016, je me souviens que malgré le succès, un paquet de gens ne voulaient pas aller le voir parce que le film était vendu grossièrement comme une comédie musicale. Ces mêmes gens qui, pourtant, connaissaient par cœur les classiques du Roi Lion ou des Aristochats ! Alors oui, quelques comédies musicales sont sincèrement un peu gênantes, et Benjamin Siksou dans Toi, moi et les autres (Audrey Estrougo, 2011) ne fait pas rêver les foules, mais Ryan Gosling qui sifflote son amour mélancolique dans La La Land, c’est vraiment exceptionnel !

    Beaucoup trouvent que la chanson fait sortir de la narration, que passer d’un texte à une parole chantée rompt avec la continuité de l’histoire car elle rend la scène moins crédible. Pour autant, le tango de Roxanne dans Moulin Rouge est d’une justesse parfaite pour illustrer le drame du choix qu’a à faire le personnage de Nicole Kidman ! Alors oui, voir Zendaya et Timothée Chalamet se mettre à pousser la chansonnette dans Dune (Denis Villeneuve, 2021) ne serait pas à propos, mais pourtant ça marche dans de nombreux films bollywoodiens et personne ne se plaint de voir une chanson entre deux situations amoureuses houleuses. Il semblerait qu’après tout, le genre plaise toujours autant : il n’y a qu’à voir le succès planétaire de Mamma Mia! (Phyllida Lloyd, 2008) ou récemment de Wicked 1 et 2 (Jon Chu, 2024-25).

    Toujours un grec dans l’équation, pas vrai George Chakiris ?

    Tout comme le cinéma gore d’un Tarantino, tout comme le cinéma épique de Peter Jackson, la comédie musicale est un genre parmi d’autres au cinéma et il est loin d’être le pire. Moi, ce que j’aimerais, c’est avoir une petite machine qui me permettrait de transformer des films “lambdas” parlés en comédies musicales. Voir Marlon Brando susurrer une offre qu’on ne pourrait refuser dans Le Parrain (Francis Ford Coppola, 1972) ou voir les Ocean’s Eleven (Steven Soderbergh, 2001) braquer des casinos en chantant à tue-tête, avouez ça serait rigolo.

    En tout cas, Partir un jour est super, les comédies musicales c’est super, les aigris du cinéma c’est trop nul. Je vous laisse avec ma machine à transformer les films, et je vous dis à très vite.

    PS : bravo à Amélie Bonnin pour son film, on voit bien qu’on a droit à d’autres sujets et sensibilités tout aussi pertinentes quand on a des femmes à la réalisation. J’espère que les 0,000000001 % de producteurs qui liront cet article s’en souviendront.