Singe Studio

J'ai coupé Insta, bienvenue dans ma tête. Petit recueil de pensées sur le cinéma, la musique, la culture et l'actu !

  • Vie Privée (Rebecca Zlotowsky, 2025)

    C’était pas foufou hein.

    Sympa, rigolo parfois, plutôt sobre et élégant dans la lumière et la photo mais pas tant plus. On s’attend parfois à ce que certains sujets abordés soient plus déroulés, les traumas des uns ou la résolution de l’intrigue par un autre, mais non. C’est léger, mais ça suffit pas. Pendant tout le film, je me rappelais, peut-être à tort, les téléfilms de Catherine Frot et André Dissocier. Je suis certain que la réalisatrice me tuerait pour cette comparaison.

    Cela dit, on assiste à la présence de trois acteurs majeurs du cinéma français et international.

    Je connais mal Jodie Foster, c’est une icône c’est vrai. Enfant érotisée avec Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976), enquêtrice terrifiée mais pugnace dans Le silence des agneaux (Jonathan Demme, 1991) ou gardienne de l’équilibre des classes dans Elysium (Neill Blomkamp, 2013). Voilà le peu que je connaissais de Jodie Foster. Faudra un jour définir comment on devient culte.
    Jodie Foster, que je savais trilingue, est vraiment efficace dans son jeu en français, on ajoute un peu de narration pour faire comprendre ses propos ou son accent anglais, mais ça ne gêne jamais et je la salue pour ça ! On aime voir sa grâce et son sourire, mais dans ce contexte ça s’arrête un peu là et la performance est plus technique que prenante.

    Daniel Auteuil est gentillet, un peu drôle, un peu amoureux, toujours avec ce charme bourgeois de la réussite bedonnante des secondes parties de vie (ou de carrière).

    Quant à MONSIEUR Mathieu Amalric, il nous sort une fois de plus un grand jeu d’acteur.
    Je ne comprendrai jamais ma fascination pour le jeu de cet homme, ce regard de chien battu ou rageur, cette intonation de voix brisée, ce flegme caractéristique, un peu sale et authentique. Je me souviendrai toujours du monologue de la lettre à sa sœur dans Un conte de Noël (Arnaud Desplechin, 2008) qui m’avait frappé par la froideur de son jeu et de sa voix, posés, une scène presque lue sans jeu. Cet homme qui a su interpréter un méchant français dans un James Bond, peut-être le meilleur ? Celui qui nous a troublés par sa mélancolie, son mutisme et sa fragilité dans Le grand bain (Gilles Lellouche, 2018). Bref, ce grand acteur là.
    Son personnage rôde, triste et enragé, avec toujours le mot juste qui trahit si bien la nature humaine. J’t’adore, même si j’ai dit Almaric pendant des années.

    En définitive, le film est léger, parfois farceur avec le personnage de l’hypnotiseuse ou de certains patients. On se perd entre thriller, comédie, drame familial, et c’est un peu lent. Ce qui sauve le film, et ne semble pas commun, c’est la capacité qu’il a de rendre sa beauté à l’amour pas toujours glamour. Dans une époque où le corps est plus montré et façonné que dans l’Antiquité, on assiste là à une sensualité des corps qui ont passé la soixantaine. Les bisous pleins de rides, pleins de poils, et les corps pleins de relâchement, ça ne se montre pas beaucoup au cinéma. On ne filme pas l’amour digne des corps de nos parents, mais c’est vraiment beau.

    Bref, cette chronique était laborieuse mais j’ai fait plus d’efforts que Beigbeder sur France Inter, alors si vous avez besoin d’un ghoswriter, vous avez mon numéro.

  • Rengaine (Rachid Djaïdani, 2011)

    Quand j’ai vu le DVD de Rengaine dans les bacs d’un disquaire, je n’ai pas hésité. Je l’avais vu en 2011 lors de sa sortie. Tout jeune cinéphile adepte de rap et d’expérimentations malgré mon amour pour le cinéma classique, j’avais adoré. C’était un film tourné avec la même fougue que mes premiers courts métrages filmés à la caméra de touriste allemand, ça ne pouvait que m’attirer.

    Première fiction de Rachid Djaïdani, Rengaine est une espèce de comète un peu oubliée de tous, mais qui lors de sa sortie, a émerveillé le public et la critique, jusqu’à sa sélection à la Quinzaine des réalisateurs et une nomination aux César.

    En adoptant une narration proche de la fable, déclinée dans notre réalité, on assiste à un trombinoscope des communautés arabes et noires de Paris, et à une réelle approche d’un sujet de société : la question des mariages mixtes, intercommunautaires et interreligieux. Avec ses tensions et ses préjugés, Rengaine se veut porte-parole du rapprochement entre des communautés qui se côtoient, se fréquentent et s’allient, mais refusent de se mélanger sur les questions amoureuses.

    La réalisation est rauque, trop proche, est détonante. Elle va sentir les gens, les inspecter, eux et leurs humeurs, comme pour les dépouiller de leurs apparences. Toujours en mouvement, on observe chaque identité : jeune, vieux, boxeur, ringard, voleur ou policier. Qui est-il ? Qu’est-ce qu’il a à dire de la situation ? Quel cliché il représente de mon imaginaire d’une communauté ? Tous ces profils qui composent la fratrie visitée par le personnage du grand frère nous donnent une idée de la complexité d’une communauté, tant les identités sont multiples même au sein d’une même famille.

    Slimane Dazi reste toujours très fort, mutique et vibrant d’émotions, en colère face à ses propres contradictions. Lui qui refuse les choix de sa sœur, mais se refuse presque aussi à assumer les siens. La rencontre avec son frère banni est bouleversante : tension et verve au rendez-vous (premier rôle au cinéma de ce dernier, mais je n’arrive pas à retrouver son nom). Ce frère qui a quitté la famille pour pouvoir assumer son homosexualité nous offre une autre clé de compréhension du personnage de Slimane Dazi. Tu n’assumes pas ton propre amour, tu n’assumes pas l’homosexualité de ton frère, donc tu te rattaches à des idées patriarcales qui entravent la liberté de ta seule et unique sœur.

    Pendant ce temps, le personnage de Dorcy, incarné par Stéphane Soo Mongo, se balade dans les milieux artistiques parisiens entre castings foireux et tournages absurdes. J’aime à croire que c’est un peu autobiographique pour le réalisateur (son Wikipédia raconte malgré tout une autre carrière que celle que je lui imagine). Et on aime ça : ç’en est prenant à certains moments, drôle dans son ridicule.

    Ayant acheté le DVD, je suis allé traîner dans les bonus et on découvre un paquet de scènes coupées foireuses, dont une avec Booder en chef de cuisine tyrannique. C’est très drôle et sans rapport avec le film, mais au moins ça aura existé. Voilà pourquoi il faut acheter des DVD, les lost medias ça me peine toujours un peu.

    Bref, un film percutant sur le racisme, le mariage mixte et Paris. Intégrez-moi ça aux dispositifs de Passeurs d’Images si ce n’est pas déjà fait.

    Que de l’amour.

  • Avatar, de feu et de cendres (James Cameron, 2025)

    « C’est affreusement creux, c’est une prouesse cinématographique, mais c’est d’un creux. »

    Voilà ce que j’ai entendu en sortant de la salle, venant d’un spectateur. 3 h 20 de film et seulement 11 mots pour juger l’un des plus grands spectacles de notre décennie. Une critique binaire qui se veut intellectuelle. Mais qu’a fait le cinéma populaire pour mériter d’être jugé si durement quand il dévoile tant de prouesses ?

    J’ai vu Avatar 3, le dernier opus en date de la saga, et j’ai été bluffé par ce que j’ai vu.

    Quand j’étais étudiant en cinéma, j’ai passé quasiment une année à étudier le cinéma de James Cameron. Son amour pour l’eau, pour le futur, pour la femme, son attrait pour la science en dépit de sa peur de la bombe atomique, ses dessins et ses visions, la totale. On se demande comment cet homme fait-il ? Créer avec tant de puissance, réaliser les films les plus rentables de l’histoire du cinéma, porter la technique à ce niveau de réussite, en plus d’être un mec sympa qui va se balader au fond des mers. Comment se fait-il donc qu’Avatar, bien qu’il soit un des films les plus détonants de notre époque, soit tant critiqué pour ses facilités ? Pourquoi Avatar ne surprend-il plus autant qu’avant ?

    J’ai mis quelque temps à rentrer dans le film, il est vrai. L’univers aquatique étant déjà bien dévoilé dans le deuxième opus, les traits familiaux restant inchangés, je suis resté de marbre pendant les 20 premières minutes du film. Les marchands à voile montés sur leurs méduses géantes ne m’ont pas tant émoustillé, et leurs destriers me rappelaient vaguement l’alien de Nope de Jordan Peele. Mais la venue d’une nouvelle tribu, faite de haine, de feu et de barbarie, m’a complètement chamboulé. On passe d’une narration légère, sans réelle instabilité, à un tout autre niveau de tension en quelques secondes. Apocalypto de Mel Gibson commençait en ces mots : « A great civilization is not conquered from without until it has destroyed itself from within. » (W. Durant).
    Tout comme Terminator 2, l’effet miroir de la narration, où le héros se retrouve à s’affronter lui-même, donne un nouvel élan au film et raccroche le spectateur à une nouvelle curiosité. Dans un univers où les peuples de la Terre, de l’Eau et du Vent vivent en harmonie, comment le peuple du Feu trouve-t-il sa place ? (On embrasse les producteurs du dessin animé Avatar, le dernier maître de l’air.)

    C’est grandiloquent, c’est sûr. Et pourtant, j’y ai vu bien plus qu’une histoire de Pocahontas bleus et de colons stéroïdés. La question de Spider est par exemple un point d’orgue de la tension du film à mon sens : j’y vois une tragédie grecque, un sacrifice pour la survie d’un monde. Cette scène et l’acceptation de son sort par le jeune Spider m’ont tenu en haleine. Après avoir été sauvé par la grande Eywa, voilà que ce dernier vient perturber l’ordre de cet univers : j’ai a-do-ré.

    La question des enfants et du métissage chez Neytiri est aussi d’une grande pertinence : comment aimer ses enfants quand ils sont faits du sang de son ennemi ? Prenez ce propos, mettez-le dans un Tchekhov, vous verrez que ce n’est plus si creux. Oona Chaplin, l’actrice qui interprète Varang, tenait ce propos à propos de Neytiri et de son propre personnage : « On s’interroge aussi sur le point de non-retour, quand on s’abandonne à cette fureur : à quel moment devient-on soi-même le monstre que l’on veut combattre ? » (L’Écran fantastique, déc. 2025). Et c’est dans toutes ces nuances que j’y ai vu plus que du creux, plus que du cinéma populaire, plus que du binaire.

    Depuis le premier Avatar, 16 ans ont passé. On a eu droit à Blade Runner 2049 (Denis Villeneuve), Game of Thrones (D. Benioff, George R. R. Martin), Dune (encore mon gars Denis), Interstellar (Christopher Nolan) ou Mad Max: Fury Road (George Miller). C’est normal de ne plus être époustouflé par Avatar, on a compris à qui on avait affaire. Le film a ses longueurs, et ses répétitions il est vrai. Rien n’évolue vraiment dans les schémas, et les kidnappings à répétitions sont lassants, bien que celui de Jake offre une idée du monde des humains. Mais quelle tristesse de ne plus vouloir — ou pouvoir — y croire, quel dommage de ne plus se laisser porter par ce récit et la beauté de ce film.

    À la fac, on aimait Tarkovski ici, Cassavetes là, ou Lang au fond à droite. Mais quelques-uns de mes camarades étaient, eux, des parias : ils aimaient Rocky, Rambo, Superman et Forrest Gump. Ils aimaient le cinéma qui fait vibrer les drive-in américains et les soirées de Noël de TF1. Un jour, j’ai dit à certains de mes camarades que j’adorais la saga American Nightmare (Everardo Gout, Gerard McMurray, James DeMonaco) pour son sous-texte et son esthétique pop gore. Et vlan : regards hautains et ricanements. Quel dommage.

    Quel dommage de passer à côté d’un pan du cinéma parce qu’il ne se veut pas intellectuel, parce qu’il est parfois outrancier ou simpliste… On y voit ce qu’on y voit, mais moi j’y vois un regard désabusé. Martin « The Boss » Scorsese disait détester les films de Marvel, car au delà de leur intérêts financiers et du coté presque algorithmique de leurs constructions narratives, ils offraient un rendu de spectacle sans saveur et sans profondeur. Moi j’aime le panais, mais j’aime aussi les frites.

    Alors vive le cinéma qui vous pète à la gueule, vive James Cameron, vive les mecs qui choisissent Rocky en exposé à la fac, vive la grandeur et le manichéisme.

  • La petite cuisine de Medhi (Amine Adjina, 2025)

    J’ai pas grand chose à raconter sur ce film. 

    Le film se résume à « j’ai du mal à trouver un équilibre entre mes origines et ma vie, donc j’me fous dans la merde, mais vous inquiétez pas regardez ce truc qui concilie les deux et règle tout, allez bisous ». Une blanquette de veau à l’oranaise dans le cas présent.

    J’ai l’impression d’avoir vu ça 15 fois.

    Ça m’emmerde pas mal, même si les personnages sont fort sympathiques, voire intéressants dans leurs fonds et la tentative de ne pas être cliché, moi jeune bourgeoise de gauche, moi femme arabe libre, moi jeune cuistot algérien qui ne fait pas de couscous, c’est du réchauffé quoi…

    C’est pas méchant mais bon c’est un manuel de comédie française et puis j’ai souvent l’impression qu’on pardonne bien vite au personnage des comportements super problématiques.

    A défaut, j’aurais aimé voir un peu plus de cuisine.

    Par contre, j’ai vu qu’Hiam Abbass jouait dans Blade Runner 2049, faut vraiment que je revoie ce film.

  • Sur un fil (Reda Kateb, 2025)

    J’y suis un peu allé à reculons, connaissant de plus ou moins loin le milieu, c’est assez facile de tomber dans le pathos, et pourtant je reconnais en Reda Kateb une réel sensibilité et j’attendais donc de lui un regard pertinent.

    Au final, on assiste à un Klapisch toledano-nakachien, c’est sympa , mais on sent qu’on est parti chercher un sujet de niche qui fait rire ou qui émeut facilement. Des enfants malades, des combats d’adultes pour les faire sourire, une construction narrative simple pour un résultat simple.

    Un innocent personnage se prend au jeu d’une cause difficile, il crée un lien et fera tout pour le sauver, quitte à bousculer l’ordre établi. J’ai déjà vu ça quelque part. Un paquet de fois même.

    La vraie réussite du film vient principalement de la justesse de certains acteurs, le personnage de Phillipe Rebbot est plutôt pertinent dans ses angoisses et son engagement, Sara Giraudeau est toujours efficace dans ses moues d’infirmière esseulée et amusée de la présence des clowns, mais la palme revient vraiment au personnage d’ Elsa Wolliaston. Je ne connaissais pas du tout cette actrice, ni son parcours de chorégraphe, mais on sent dans son personnage une réelle force silencieuse. Le mutisme des personnages joue souvent en leur faveur mais là je trouve ça particulièrement pertinent.

    Au final, Reda Kateb nous offre une œuvre plutôt simple mais qui n’est qu’un début je l’espère dans la suite de sa carrière de réalisateur, la scène de la fusillade étant si finement amenée et interprétée qu’on lui pardonne la maladresse de ses débuts !

  • Sirat (Óliver Laxe, 2025)

    C’est un peu difficile de parler de ce film, déjà parce que c’est le premier gros film auquel je m’attaque dans mes petits articles, mais aussi parce que tout semble déjà avoir été dit.

    Tentons.

    J’ai vraiment aimé Sirat, on m’avait vendu un film choquant et clivant, qui touchait à la sensibilité bourgeoise dans son sujet au delà de l’aspect et de la narration, et que personne n’en sortait totalement indemne.

    En cela j’étais curieux de voir le film, comme une expérience, comme pour me tester et voir comment je me sortirais de ce pétrin.

    Et je comprends les réactions, je comprends qu’on soit décontenancé par les personnages, par le désert, par la géographie, ou le manque d’informations sur les évènements en fond. Et on se retrouve dans ce petit papa stable, inquiet et mélancolique, et on le comprend, lui qui a un but, une vie, une situation.  Tout ça est finement amené, on se perçoit en certains et on est dégoûté par d’autres.

    Mais de quoi ce film fait il donc la critique alors ?

    De jeunes ravers qui malgré leur situation ont le luxe de pouvoir faire le choix de fuir et d’éviter le monde sans penser qu’ils se feront rattraper ? Il fait la critique de la lâcheté ? Ou de l’illusion de la liberté ?

    La scène de fin me rappelle beaucoup les camps de migrants du film Les fils de l’homme de Afonso Cuaron, où kenyans, français et américains se côtoient. Seuls, apatrides, rattrapés et mit à égalité par une histoire qu’ils n’ont pas réussis à contrôler.

    Le désert met les gens sur un pied d’égalité, seules les capacités et la chance priment.

    La construction de cette quête d’un paradis est exceptionnelle, on l’attend, on y croit et le temps passe, le film se déroule et on continue à manger de la poussière. On continue à être touché de plus en plus fort par la fatalité. Quelle frustration permanente, c’est quoi cette guerre, c’est qui cette Mar, il a peur de quoi ce berger ?

    Et le chemin prime sur la destination, on est plus rien que le mouvement, mais sans but, sans possibilité d’arriver ou de faire demi tour.

    C’est fort.

    Au-delà de ça, la musique est très bien, gênante au début pour installer cet environnement sale et déconcertant pour le spectateur et juste accompagnatrice à la fin, comme pour ponctuer la rédemption qui ne passera que par la résignation à ne plus regarder là où on met les pieds.

    Et c’est beau.  Vraiment c’est beau, les camions, la route, la poussière, c’est vivant quoi.

    Sirat c’était top, bien mieux que Gerry de Gus Van Sant, mais rien à voir avec Fury Road de Georges Miller. Ça ressemble bien à un slasher par contre, c’est le désert qui fait sa loi, et qui écrème un peu l’équipe.

    Dans mes aventures personnelles, je disais souvent que plus c’est difficile de rentrer chez soi, plus on vit fort.  Comme étouffé par le très loin.

    Avec eux je me suis perdu dans ce désert, dans cette quête illusoire, dans cette perte de repères. Et j’ai adoré.

    Pour les fans de mines allez voir Landmine goes Click de Levan Bakhia, c’est georgien, ça vous plaira !

  • Le chant des vivants (Cécile Allegra, 2022)

    En 2023, j’ai manqué un rendez-vous avec Cécile Allegra. Une histoire de planning et de visa. Je m’occupais de la gestion des invités d’un festival canadien et la star du festival ne viendra pas. Je n’avais pas vu son film et ne connaissais le sujet que par ce qu’on m’en avait raconté. Mais la déception de son absence était palpable pour beaucoup. J’approchais donc ce film avec une certaine attente.

    Quand on parle de la vaste question des migrants, on nous en parle comme une masse humaine perdue et sans réelle voix qui traine dans les villes sans autre espoir que celui de repartir vers un autre jour.

    Le chant des vivants ne raconte pas ça, tout le contraire.

    Bienvenue à Conques, village de 250 habitants dans l’Aveyron, ou l’on découvre une dizaine d’hommes et de femmes pris en charge par une association locale qui vient en aide aux demandeurs d’asile.

    Gite, couvert et aide à l’insertion sont au rendez-vous. Mais pas que. Que fait-on des souvenirs ? Après des mois voire des années à traverser l’Afrique et l’Europe, et à braver les hommes et la nature, on en ressort pas indemne. Alors que fait on des souvenirs, des traumatismes et des cicatrices ?

    On les chante.

    Simpliste ? Maladroit ? Niais ? Peut-être, mais c’est redoutablement beau et pertinent.

    Cécile Allegra et Mathias Duplessy (le compositeur) nous offrent ces parcours de vie déchirés à entendre d’une autre façon, les hommes et femmes se racontent d’une autre façon, et ça marche. La justesse du film, réside dans sa capacité à ne pas cacher l’effroyable tout en offrant un autre angle à ces témoignages.

    Merci à ces hommes et femmes pour ces belles chansons, bravo au compositeur pour ses belles mélodies et bravo aux habitants du village qui en toile de fond accueillent et accompagnent sans se poser de questions.

    La vraie France.

  • Le 15h17 pour Paris (Clint Eastwood, 2018)

    Je voulais voir ce film depuis un moment. J’en attendais pas grand chose mais ayant été vraiment fan de cinéma de guerre américain dans mes années adolescentes avec Jarhead de Sam Mendes, Greenzone de Paul Greengrass ou Redacted de Brian de Palma (oui c’est pas les films les plus moraux du monde) j’étais curieux.

    Eastwood ayant réalisé American Sniper qui est un biopic valorisant un homme atroce mais un bon film de guerre à l’américaine, je voulais voir son approche de cet évènement pour plusieurs raisons.

    Le choix d’utiliser les réels héros de cet attentat comme acteurs, mais aussi parce que cet attentat déjoué n’a duré que quelques minutes, donc comment parle t’on pendant tout un film d’un évènement si court ?

    Et c’est là tout le problème, de quoi parle ce film ? C’est principalement un récit assez basique de jeunes hommes américains qui finiront avec cet acte héroïque en point d’orgue de leurs vies.

    On voit une enfance plutôt religieuse et patriote malgré l’absence de père qui confronte à certaines réalités, puis un enrôlement dans l’armée qui semblait évident vu l’absence de but de leurs jeunes années d’adultes mais aussi leurs ascendants pour les armes factices et la guerre durant leurs parties de jeux d’enfants.

    Puis vient l’enrôlement, la guerre étant très peu montrée et les apprentissages de cette dernière n’étant pas très intéressants. Le Héros de notre récit étant affecté à un bataillon de « débrouillards/survivalistes », on est loin de Baleine et de son fusil.

    Ensuite on a fini ses classes et on veut voir un peu le monde, alors on va en Europe forcément.

    Et là, Eastwood nous fait faire un petit tour d’authenticité européenne, avec les gondoles italiennes, les soirées allemandes et les vieux fous hollandais… Mais on ne sait pas pourquoi. C’est du remplissage de vie ? Une tentative de refaire Eurotrip de Jeff Schaffer ? Bref, on s’emmerde un peu à voir les trois compères visiter tout ce pittoresque avant de prendre ce fameux train et déjouer cet attentat.

    Les héros sont héroïques, oui.

    Mais qu’est-ce qu’on s’emmerde.

    Bref, ce film d’Eastwood est tel qu’il ne remplit aucune case, il ne raconte pas une enfance américaine comme Boy Hood de Richard Linklater, il ne raconte pas la guerre comme Full Metal Jacket de Kubrick, et il passe surtout à coté d’un personnage crucial. Le terroriste.

    Imaginer deux vies, et un point de rencontre. Moi j’aurais bien aimé voir ça.

    Si j’avais su, j’aurais pas vu.

  • La vie rêvée de Walter Mitty (Ben Stiller, 2013)

    Hier soir ça allait pas fort et j’étais bien malade, alors je me suis maté un feel good movie sur prescription.

    Petite anecdote j’ai croisé Ben Stiller à l’arrêt de métro Jean Jaurès de Toulouse et personne ne veut me croire. Il était avec deux gardes du corps, 4 attachés de presse ou assistant et il faisait des repérages pour un futur film. Face à des stars comme ça, tu les regardes en les laissant passer, donc j’ai pas de photos.

    J’avais déjà vu ce film en partie et j’étais complètement passé à côté parce que j’étais un peu jeune, et il faut ressentir la frustration de l’incapacité à pouvoir expérimenter pleinement la vie pour pouvoir apprécier le film et le dépassement auquel s’astreint le personnage.

    Je l’ai donc revu et j’ai beaucoup plus accroché, faut dire que Ben Stiller est un excellent acteur malgré le fait qu’il peut paraître un peu trop comédie, et pour autant il arrive toujours à dégager un espèce de truc efficace entre le penaud et le lucide.

    J’avais vu un paquet de comédies avec lui mais très peu de drames. On sentait par contre dans Tonnerres sous les tropiques qu’il a réalisé, qu’il avait compris les codes du genre.

    Faut dire que c’est un super bon réalisateur, le montage ou du moins les plans de transition sont très finement amenés. Toute la partie un peu citadine/entreprise est toujours un peu oppressante, les niveaux de l’entreprises définissent bien le statut social, chacun sa case, chacun son niveau de loose.

    L’imaginaire de Walter permet justement de s’échapper de tout ça et on retrouve tout son génie comique et sa palette de genre.

    Ce qui m’a vraiment étonné c’est la nature, l’aventure, le curieux, très loin du clean de Manhattan, la loose du lointain. D’un coup on se retrouve dans des bars miteux, à faire un pas en plus, à croire que ça vaut le coup de se perdre un peu plus, à se faire confiance, et à découvrir, rencontrer, vivre.

    Un petit air de lâcher prise comme Into the Wild de Sean Penn, ou Land de Robin Wright, mais sans la mélancolie et la fuite, et ça c’est la grand différence. C’est une aventure, pas un exil.

    Je m’attendais à beaucoup plus de la part de Sean Penn qui est en fait super attendu durant le film et qui en fait n’est qu’un fantôme, une panthère des neiges. Ayant vu Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson ainsi que le très bon documentaire sur sa carrière (Sean Penn, l’enfant terrible de l’Amerique de France Swimberge), j’en espérais vraiment plus de sa part mais c’est pas le sujet du film et il sert vraiment le propos de « tu as déjà en toi ce que tu cherches mais il aura fallu venir ici pour le savoir ». Vraiment un champion ce Sean.

    Bref, c’était vraiment plaisant, léger, divers en styles, et bien joué, pour ma part j’y reviendrai pas mais je le recommanderai à d’autres !

  • Les filles désir (Princia Car, 2025)

    Marseille en plein été. À 20 ans, Omar et sa bande, moniteurs de centre aéré et respectés du quartier, classent les filles en deux catégories : celles qu’on baise et celles qu’on épouse. Le retour de Carmen, amie d’enfance ex-prostituée, bouleverse et questionne leur équilibre, le rôle de chacun dans le groupe, leur rapport au sexe et à l’amour.

    Honnêtement, c’est pas pire. Un film simple et coloré sur les questions de places dans un groupe. Chacun son rôle, sa place prédéfinie, et chacun sa sexualité, tout ça dans le grand cirque d’un quartier. C’est très manichéen, les rapports de force, les rapports sexuels, tout ça définit qui on est, comment on est perçu, comment on trouve sa place dans cette petite pyramide sociale.

    La violence de Marseille est très légèrement abordée, et c’est cool, ça change de Pax Massilia mais en même temps ça frustre. La violence est toujours survolée, on voit un coup de fil, un œil au beurre noir, ou des rappels d’un passé auquel personne n’a vraiment accès sauf ceux qui l’ont vécu mais jamais plus. C’est plaisant de pas forcer avec du déjà vu sur Marseille, on sent qu’il y a une vraie intention de ne pas montrer, de montrer autre chose.

    La question du sexisme est centrale dans le film. Entre la drague maladroite dans la rue qui frôle le harcèlement mais qui reste gentille parce que teintée d’humour, ou les rapports à la sexualité qui définissent ta place et ta liberté. Tu couches, tu es libre mais jugée. Tu ne couches pas, on te laisse tranquille mais tu es chiante. La sexualité cristallise le désir mais aussi une forme de dégout social, un peu hypocrite vu que les personnages masculins consomment du porno et vont fréquenter les prostituées.

    Mention spéciale à l’acteur Kader Benchoudar dont le personnage passe tout le film à parler salement des femmes et de sa propre sexualité bien dégueulasse. Ce même homme est actuellement en prison pour coup et blessures sur son ex compagne, actor studio.

    Au final, le film est léger, simple, un peu trop « on cherche une liberté idéalisée » qui n’existe pas, du coup on baise. C’est tristounet. Le film reste bien mis en scène, d’une belle couleur et les acteurs sont plutôt bons même si le pincement de lèvre colérique est légion. Faudrait arrêter de croire que la colère est le meilleur moyen de juger le jeu d’un acteur alors que c’est surement le plus simple à jouer.

    On reste sur notre fin, trop de légèreté sur des sujets si forts. J’aime beaucoup la fin cela dit, aller à Barcelone en scooter volé. Tu finis à Fos en panne sèche mais jeunesse sera vécue. C’était sympa mais allez voir Sheherazade et la série Euphoria, c’est pareil en plus sombre ou plus sexy.