• Sirat (Óliver Laxe, 2025)

    C’est un peu difficile de parler de ce film, déjà parce que c’est le premier gros film auquel je m’attaque dans mes petits articles, mais aussi parce que tout semble déjà avoir été dit.

    Tentons.

    J’ai vraiment aimé Sirat, on m’avait vendu un film choquant et clivant, qui touchait à la sensibilité bourgeoise dans son sujet au delà de l’aspect et de la narration, et que personne n’en sortait totalement indemne.

    En cela j’étais curieux de voir le film, comme une expérience, comme pour me tester et voir comment je me sortirais de ce pétrin.

    Et je comprends les réactions, je comprends qu’on soit décontenancé par les personnages, par le désert, par la géographie, ou le manque d’informations sur les évènements en fond. Et on se retrouve dans ce petit papa stable, inquiet et mélancolique, et on le comprend, lui qui a un but, une vie, une situation.  Tout ça est finement amené, on se perçoit en certains et on est dégoûté par d’autres.

    Mais de quoi ce film fait il donc la critique alors ?

    De jeunes ravers qui malgré leur situation ont le luxe de pouvoir faire le choix de fuir et d’éviter le monde sans penser qu’ils se feront rattraper ? Il fait la critique de la lâcheté ? Ou de l’illusion de la liberté ?

    La scène de fin me rappelle beaucoup les camps de migrants du film Les fils de l’homme de Afonso Cuaron, où kenyans, français et américains se côtoient. Seuls, apatrides, rattrapés et mit à égalité par une histoire qu’ils n’ont pas réussis à contrôler.

    Le désert met les gens sur un pied d’égalité, seules les capacités et la chance priment.

    La construction de cette quête d’un paradis est exceptionnelle, on l’attend, on y croit et le temps passe, le film se déroule et on continue à manger de la poussière. On continue à être touché de plus en plus fort par la fatalité. Quelle frustration permanente, c’est quoi cette guerre, c’est qui cette Mar, il a peur de quoi ce berger ?

    Et le chemin prime sur la destination, on est plus rien que le mouvement, mais sans but, sans possibilité d’arriver ou de faire demi tour.

    C’est fort.

    Au-delà de ça, la musique est très bien, gênante au début pour installer cet environnement sale et déconcertant pour le spectateur et juste accompagnatrice à la fin, comme pour ponctuer la rédemption qui ne passera que par la résignation à ne plus regarder là où on met les pieds.

    Et c’est beau.  Vraiment c’est beau, les camions, la route, la poussière, c’est vivant quoi.

    Sirat c’était top, bien mieux que Gerry de Gus Van Sant, mais rien à voir avec Fury Road de Georges Miller. Ça ressemble bien à un slasher par contre, c’est le désert qui fait sa loi, et qui écrème un peu l’équipe.

    Dans mes aventures personnelles, je disais souvent que plus c’est difficile de rentrer chez soi, plus on vit fort.  Comme étouffé par le très loin.

    Avec eux je me suis perdu dans ce désert, dans cette quête illusoire, dans cette perte de repères. Et j’ai adoré.

    Pour les fans de mines allez voir Landmine goes Click de Levan Bakhia, c’est georgien, ça vous plaira !

  • Le chant des vivants (Cécile Allegra, 2022)

    En 2023, j’ai manqué un rendez-vous avec Cécile Allegra. Une histoire de planning et de visa. Je m’occupais de la gestion des invités d’un festival canadien et la star du festival ne viendra pas. Je n’avais pas vu son film et ne connaissais le sujet que par ce qu’on m’en avait raconté. Mais la déception de son absence était palpable pour beaucoup. J’approchais donc ce film avec une certaine attente.

    Quand on parle de la vaste question des migrants, on nous en parle comme une masse humaine perdue et sans réelle voix qui traine dans les villes sans autre espoir que celui de repartir vers un autre jour.

    Le chant des vivants ne raconte pas ça, tout le contraire.

    Bienvenue à Conques, village de 250 habitants dans l’Aveyron, ou l’on découvre une dizaine d’hommes et de femmes pris en charge par une association locale qui vient en aide aux demandeurs d’asile.

    Gite, couvert et aide à l’insertion sont au rendez-vous. Mais pas que. Que fait-on des souvenirs ? Après des mois voire des années à traverser l’Afrique et l’Europe, et à braver les hommes et la nature, on en ressort pas indemne. Alors que fait on des souvenirs, des traumatismes et des cicatrices ?

    On les chante.

    Simpliste ? Maladroit ? Niais ? Peut-être, mais c’est redoutablement beau et pertinent.

    Cécile Allegra et Mathias Duplessy (le compositeur) nous offrent ces parcours de vie déchirés à entendre d’une autre façon, les hommes et femmes se racontent d’une autre façon, et ça marche. La justesse du film, réside dans sa capacité à ne pas cacher l’effroyable tout en offrant un autre angle à ces témoignages.

    Merci à ces hommes et femmes pour ces belles chansons, bravo au compositeur pour ses belles mélodies et bravo aux habitants du village qui en toile de fond accueillent et accompagnent sans se poser de questions.

    La vraie France.

  • Le 15h17 pour Paris (Clint Eastwood, 2018)

    Je voulais voir ce film depuis un moment. J’en attendais pas grand chose mais ayant été vraiment fan de cinéma de guerre américain dans mes années adolescentes avec Jarhead de Sam Mendes, Greenzone de Paul Greengrass ou Redacted de Brian de Palma (oui c’est pas les films les plus moraux du monde) j’étais curieux.

    Eastwood ayant réalisé American Sniper qui est un biopic valorisant un homme atroce mais un bon film de guerre à l’américaine, je voulais voir son approche de cet évènement pour plusieurs raisons.

    Le choix d’utiliser les réels héros de cet attentat comme acteurs, mais aussi parce que cet attentat déjoué n’a duré que quelques minutes, donc comment parle t’on pendant tout un film d’un évènement si court ?

    Et c’est là tout le problème, de quoi parle ce film ? C’est principalement un récit assez basique de jeunes hommes américains qui finiront avec cet acte héroïque en point d’orgue de leurs vies.

    On voit une enfance plutôt religieuse et patriote malgré l’absence de père qui confronte à certaines réalités, puis un enrôlement dans l’armée qui semblait évident vu l’absence de but de leurs jeunes années d’adultes mais aussi leurs ascendants pour les armes factices et la guerre durant leurs parties de jeux d’enfants.

    Puis vient l’enrôlement, la guerre étant très peu montrée et les apprentissages de cette dernière n’étant pas très intéressants. Le Héros de notre récit étant affecté à un bataillon de « débrouillards/survivalistes », on est loin de Baleine et de son fusil.

    Ensuite on a fini ses classes et on veut voir un peu le monde, alors on va en Europe forcément.

    Et là, Eastwood nous fait faire un petit tour d’authenticité européenne, avec les gondoles italiennes, les soirées allemandes et les vieux fous hollandais… Mais on ne sait pas pourquoi. C’est du remplissage de vie ? Une tentative de refaire Eurotrip de Jeff Schaffer ? Bref, on s’emmerde un peu à voir les trois compères visiter tout ce pittoresque avant de prendre ce fameux train et déjouer cet attentat.

    Les héros sont héroïques, oui.

    Mais qu’est-ce qu’on s’emmerde.

    Bref, ce film d’Eastwood est tel qu’il ne remplit aucune case, il ne raconte pas une enfance américaine comme Boy Hood de Richard Linklater, il ne raconte pas la guerre comme Full Metal Jacket de Kubrick, et il passe surtout à coté d’un personnage crucial. Le terroriste.

    Imaginer deux vies, et un point de rencontre. Moi j’aurais bien aimé voir ça.

    Si j’avais su, j’aurais pas vu.

  • La vie rêvée de Walter Mitty (Ben Stiller, 2013)

    Hier soir ça allait pas fort et j’étais bien malade, alors je me suis maté un feel good movie sur prescription.

    Petite anecdote j’ai croisé Ben Stiller à l’arrêt de métro Jean Jaurès de Toulouse et personne ne veut me croire. Il était avec deux gardes du corps, 4 attachés de presse ou assistant et il faisait des repérages pour un futur film. Face à des stars comme ça, tu les regardes en les laissant passer, donc j’ai pas de photos.

    J’avais déjà vu ce film en partie et j’étais complètement passé à côté parce que j’étais un peu jeune, et il faut ressentir la frustration de l’incapacité à pouvoir expérimenter pleinement la vie pour pouvoir apprécier le film et le dépassement auquel s’astreint le personnage.

    Je l’ai donc revu et j’ai beaucoup plus accroché, faut dire que Ben Stiller est un excellent acteur malgré le fait qu’il peut paraître un peu trop comédie, et pour autant il arrive toujours à dégager un espèce de truc efficace entre le penaud et le lucide.

    J’avais vu un paquet de comédies avec lui mais très peu de drames. On sentait par contre dans Tonnerres sous les tropiques qu’il a réalisé, qu’il avait compris les codes du genre.

    Faut dire que c’est un super bon réalisateur, le montage ou du moins les plans de transition sont très finement amenés. Toute la partie un peu citadine/entreprise est toujours un peu oppressante, les niveaux de l’entreprise définissent bien le statut social, chacun sa case, chacun son niveau de loose.

    L’imaginaire de Walter permet justement de s’échapper de tout ça et on retrouve tout son génie comique et sa palette de genre.

    Ce qui m’a vraiment étonné c’est la nature, l’aventure, le curieux, très loin du clean de Manhattan, la loose du lointain. D’un coup on se retrouve dans des bars miteux, à faire un pas en plus, à croire que ça vaut le coup de se perdre un peu plus, à se faire confiance, et à découvrir, rencontrer, vivre.

    Un petit air de lâcher prise comme Into the Wild de Sean Penn, ou Land de Robin Wright, mais sans la mélancolie et la fuite, et ça c’est la grand différence. C’est une aventure, pas un exil.

    Je m’attendais à beaucoup plus de la part de Sean Penn qui est en fait super attendu durant le film et qui en fait n’est qu’un fantôme, une panthère des neiges. Ayant vu Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson ainsi que le très bon documentaire sur sa carrière (Sean Penn, l’enfant terrible de l’Amerique de France Swimberge), j’en espérais vraiment plus de sa part mais c’est pas le sujet du film et il sert vraiment le propos de « tu as déjà en toi ce que tu cherches mais il aura fallu venir ici pour le savoir ». Vraiment un champion ce Sean.

    Bref, c’était vraiment plaisant, léger, divers en styles, et bien joué, pour ma part j’y reviendrai pas mais je le recommanderai à d’autres !

  • Les filles désir (Princia Car, 2025)

    Marseille en plein été. À 20 ans, Omar et sa bande, moniteurs de centre aéré et respectés du quartier, classent les filles en deux catégories : celles qu’on baise et celles qu’on épouse. Le retour de Carmen, amie d’enfance ex-prostituée, bouleverse et questionne leur équilibre, le rôle de chacun dans le groupe, leur rapport au sexe et à l’amour.

    Honnêtement, c’est pas pire. Un film simple et coloré sur les questions de places dans un groupe. Chacun son rôle, sa place prédéfinie, et chacun sa sexualité, tout ça dans l’environnement agité d’un quartier. C’est très manichéen, les rapports de force, les rapports sexuels, tout ça définit qui on est, comment on est perçu, comment on trouve sa place dans cette petite pyramide sociale.

    La violence de Marseille est très légèrement abordée, et c’est cool, ça change de Pax Massilia mais en même temps ça frustre. La violence est toujours survolée, on voit un coup de fil, un œil au beurre noir, ou des rappels d’un passé auquel personne n’a vraiment accès sauf ceux qui l’ont vécu mais jamais plus. C’est plaisant de pas forcer avec du déjà vu sur Marseille, on sent qu’il y a une vraie intention de ne pas montrer, de montrer autre chose.

    La question du sexisme est centrale dans le film. Entre la drague maladroite dans la rue qui frôle le harcèlement mais qui reste gentille parce que teintée d’humour, ou les rapports à la sexualité qui définissent ta place et ta liberté. Tu couches, tu es libre mais jugée. Tu ne couches pas, on te laisse tranquille mais tu es chiante. La sexualité cristallise le désir mais aussi une forme de dégout social, un peu hypocrite vu que les personnages masculins consomment du porno et vont fréquenter les prostituées.

    Mention spéciale à l’acteur Kader Benchoudar dont le personnage passe tout le film à parler salement des femmes et de sa propre sexualité bien dégueulasse. Ce même homme est actuellement en prison pour coup et blessures sur son ex compagne, actor studio.

    Au final, le film est léger, simple, un peu trop « on cherche une liberté idéalisée » qui n’existe pas, du coup on baise. C’est tristounet. Le film reste bien mis en scène, d’une belle couleur et les acteurs sont plutôt bons même si le pincement de lèvre colérique est légion. Faudrait arrêter de croire que la colère est le meilleur moyen de juger le jeu d’un acteur alors que c’est sûrement le plus simple à jouer.

    On reste sur notre fin, trop de légèreté sur des sujets si forts. J’aime beaucoup la fin cela dit, aller à Barcelone en scooter volé. Tu finis à Fos en panne sèche mais jeunesse sera vécue. C’était sympa mais allez voir Sheherazade et la série Euphoria, c’est pareil en plus sombre ou plus sexy.

  • J’ouvre donc un petit blog, pour déverser beaucoup de pensées, et avoir quelque chose à proposer.

    Le but c’est de parler de cinéma, parce que j’ai deux trois trucs à dire. De musique parce que j’ai pas tant de monde à qui en parler que ça intéresse pleinement. De culture parce que c’est important la lumière dans cette sombre époque. Et d’actualité parce que Palestine libre.

    J’espère aussi que ça m’aidera à structurer ma pensée, à me pousser à plus écrire, et qui sait à proposer tout ça à qui de droit.

    J’aime beaucoup l’expression « qui de droit ».

    Je mettrais aussi des photos je pense.

    En toute modestie, ça va sûrement être laborieux les débuts, mais je me lance.

    Parce qu’il faut bien un début.