28 ans plus tard, le temple des morts (Nia DaCosta, 2026)

Les films de zombies, c’est toujours bien, même quand c’est nul. Ce n’est pas très compliqué : soit ils courent, soit ils sont lents. Soit c’est eux le problème, soit ce sont les survivants qui deviennent eux aussi des prédateurs. On a eu droit à un nombre invraisemblable de films de zombies au cinéma ; le programme Blow Up d’Arte en a recensé une belle brochette. Mais s’il est une saga de films de zombies qui reste adulée par tous les fans, c’est bien celle de 28 jours plus tard.

Initialement un film de Danny Boyle sorti en 2002, le film met en scène Jim qui, en sortant du coma, se retrouve dans un Londres désert et pris d’assaut par des zombies ; il se réfugiera, après de nombreux efforts, en campagne pour fuir l’agitation et la violence environnantes.

En 2007 sortira la suite, 28 semaines plus tard, réalisée par Juan Carlos Fresnadillo. On retrouvera ce même monde qui commence à se soigner et qui, peu à peu, retrouve une vie normale dans certains quartiers sur-militarisés. Une famille tente de retrouver une vie normale dans ces conditions, mais sans compter une brèche dans la sécurité du quartier et l’invasion de zombies.

Les deux premiers films sont détonants. 28 jours plus tard étant réalisé par l’immense Danny Boyle, réalisateur anglophone de Petits meurtres entre amis (1994), La plage (2002) ou plus récemment Slumdog Millionaire (2008), on ne compte plus ses réussites ni son talent. Très marqué dans son imagerie et ses aspects de réalisation, on lui doit la base de réflexion de la saga. Un film qui joue avec la texture de l’image, son grain, tout autant que le rythme du montage. Le film est une fuite, une poursuite endiablée pour un idéal illusoire. La mort aux trousses. On pourrait y voir des points communs avec le côté poisseux des premières réalisations de Caro et Jeunet dans Delicatessen (1991). Une teinte grise et jaune en permanence, rendant l’univers froid et poisseux, comme suintant.

28 semaines plus tard garde cette teinte et cette frénésie, mais le budget du film et son casting rendent le film moins dégoûtant. Les munitions des armes sont présentes à foison, on a droit à Jeremy Renner en beau militaire efficace, et puis on sent que le duo réalisateur/scénariste du premier opus n’est plus là. Mais le film reste marquant : la trahison familiale et l’idée d’un possible remède relancent la narration. Une bonne suite qui conserve malgré tout le cap du premier film.

La saga semblait finie et les rumeurs de suite traînant depuis 2007 ne laissaient rien envisager. Mais les producteurs, dans leur grand manque d’inspiration qui caractérise le cinéma des dix dernières années, ont donné tort au public. Cillian Murphy, incarnant Jim dans le premier opus, étant devenu un des acteurs les plus bankables du cinéma depuis la série Peaky Blinders et l’oscarisé Oppenheimer (Christopher Nolan, 2023), décide de mettre la main à la pâte, et Alex Garland, scénariste du premier opus et réalisateur de l’immense et sous-coté Civil War (2023), semble lui aussi reprendre le flambeau.

En 2025, après 19 ans d’attente, sort 28 ans plus tard, réalisé par Danny Boyle et scénarisé par Alex Garland. Le topo : 28 ans plus tard, le virus a été éradiqué d’Europe, mais le Royaume-Uni, ayant été jugé irrécupérable, est devenu une zone de quarantaine laissant les survivants à leur sort. Une petite communauté s’est établie sur une île uniquement accessible à marée basse et survit convenablement. Spike, 12 ans, s’apprête à faire sa première sortie sur le continent avec son père Jamie.

Le film est plutôt pas mal, n’en déplaise aux critiques. Il amène de nouvelles pistes : la naissance de zombies « Alphas » d’une force et intelligence décuplées, la présence de militaires européens en opération sur le territoire péninsulaire, et la survie de l’espèce humaine dans des micro-sociétés. Niveau réalisation, Danny Boyle utilise de nouvelles techniques et réopère ses réflexions d’imagerie et de montage, le film alternant entre caméra de cinéma mais aussi GoPro et plans à l’iPhone (cf. image ci-dessous). La narration est plutôt intéressante et Ralph Fiennes fait un excellent fou du bus. Bref, j’avais plutôt aimé de souvenir, et la saga pouvait se clôturer malgré la fin ouverte.

Et pourtant, horreur et damnation, à peine 6 mois plus tard, qui voilà ?!

Un autre opus, sorti tout droit de nulle part, sonnant à notre porte un plateau de Dubitchous dans les mains. J’ai eu beau faire la sourde oreille quelque temps, je n’avais pas le choix que de voir ce film (merci YTS.Torrent).

Ce deuxième volet de la trilogie prolonge directement l’intrigue du film précédent, en explorant les conséquences d’un monde toujours ravagé par le virus de la rage. Le docteur Ian Kelson noue une relation avec un infecté Alpha. Pendant ce temps, le jeune Spike est forcé de rejoindre Jimmy Crystal et sa secte. Cette rencontre va rapidement tourner au cauchemar. Source : Wikipedia (petite flemme de réécrire constamment les synopsis).

Le plus gros problème de cet épisode, c’est son nom. Si le film n’était pas obligé de s’inscrire dans la suite de narration et des codes de réalisation des précédents opus, on pourrait presque considérer le film comme pas mauvais. Tout d’abord, on peut remercier les deux acteurs principaux tenant le film. Jack O’Connell, incarnant Jimmy, est plutôt terrifiant dans son rôle de gourou sanguinaire qui maîtrise sa bande de jeunes enfants soldats d’une poigne de fer. Son personnage est d’ailleurs très inspiré par Jimmy Savile, une personnalité de la télévision britannique connue pour ses innombrables actes pédocriminels. On reconnaît que le choix de cette représentation est fort. Jack O’Connell, étant un acteur plutôt coutumier du cinéma d’horreur autant en début de carrière dans Eden Lake de James Watkins (2008) que récemment dans Sinners de Ryan Coogler (2025), fait excellemment bien son travail ; cela dit, son personnage ne sert pas vraiment le propos et on reste sur notre fin malgré la violence engendrée par la clique de « Jimmies ».

Ralph Fiennes, quant à lui, incarne le Dr Ian Kelson, personnage énigmatique qui oscille entre folie créatrice et quête du remède contre la rage dévorant le monde et créant les zombies. Son amitié naissante avec un zombie Alpha est justement très intéressante et donne un vrai nouveau souffle à la narration. Sa recherche de la raison au sein d’un cerveau variolé par la rage de l’Alpha tout au long du film est plutôt prenante et on se plaît à cette douceur qui tranche avec la violence de Jimmy et ses droogies. Leur rencontre n’en sera que plus forte, laissant apparaître toute la créativité d’Ian. D’autant plus que ses réflexions entraînent le spectateur dans une quête de réponse quant à la source de la contamination au sein de la psyché des zombies. Un voile serait posé sur le regard ? Cela rappelle étrangement l’épisode 5 de la saison 3 de la série britannique Black Mirror : on y découvre des militaires tuant des migrants qu’ils croient être des monstres suite à une intervention sur leur perception du réel. Ralph Fiennes rappelle à quel point certains acteurs ont brillé dans la saga, tant dans leurs incarnations de la survie que dans la folie contaminée.

Question mise en image, le film perd sincèrement en style et on a l’impression que la réalisatrice a juste récupéré les décors et les équipements de réalisation du précédent film et qu’elle a dû faire avec. Très peu de plans à l’iPhone, quelques vagues plans de GoPro ; la majorité du film est filmée de façon très basique dans un style de cinéma d’horreur sans goût. Seule la scène de la rencontre entre Ian et Jimmy dénote dans le paysage de scènes du film.

Bref, le film perd cruellement en style et ne survit que par la présence des deux acteurs principaux, sans parler de la violence gratuite qui transforme l’horreur en gore déraisonné et hors propos. C’est triste au vu des réussites de la saga qui nous avait habitués à tant ; cela dit, le film semble plutôt un épisode intermédiaire oubliable pour le prochain et dernier épisode mettant en scène Cillian Murphy et ce qui semble être sa fille. J’attends sincèrement de voir si Hollywood et le temps ont détruit cette saga ou si elle réussit à se sauver la vie comme ses personnages.

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