En 2018, j’étais un étudiant éconduit par les masters de cinéma. Mauvais élève au lycée, mauvais élève à la fac, plein de rêves et riche de plein d’idées, j’ai cru pouvoir tenter des écoles en basant mes compétences sur ma vision et mes expériences professionnelles. Mais les portes sont restées fermées.
Suite à une conversation avec un ami dans une situation similaire, j’ai décidé de partir le plus loin possible. Le plus loin possible, c’est la Nouvelle-Zélande. C’est pas le plus difficile d’accès, mais c’est le plus loin possible.
J’y ai vécu aventures et ivresses, romances et trahisons, du vrai romanesque. Et un an plus tard, je suis revenu complètement changé et encore plus déboussolé. J’avais vécu l’un des plus beaux épisodes de ma vie, et il avait pris fin. Perdu entre mes quêtes d’épanouissement et la poursuite d’un bonheur idéalisé, inspiré par des représentations impersonnelles. J’ai remis en compte mon présent en basant mon avenir sur la nostalgie du passé. (wan t’es deep)
Quelques années plus tard, une thérapie, une histoire d’amour toujours d’actualité (luv u boo) et un deuxième retour en France plus tard (Canada cette fois-ci), j’ai appris de mes erreurs. Je me suis écouté et j’ai été entendu par mes pairs, et conjointement on a réussi à trouver le début du chemin de l’épanouissement et celui de la patience.
Du coup je vais parler un peu de la série, et à la fin vous ferez : « Haaaan, c’est pour ça l’intro ».
Pendant mes années universitaires, un certain Bounous m’a conseillé cette série. Je ne l’ai pas regardée pendant des années, mais à force de citations faite de cette série par des personnalités publiques, j’y suis revenu. J’ai depuis rediscuté avec Bounous, qui dit n’avoir jamais regardé cette série. Un personnage complexe ce Bounous. Bref, j’ai adoré cette série.

BoJack Horseman est une série d’animation réalisée par Raphael Bob-Waksberg et Lisa Hanawalt et produite par Netflix entre 2014 et 2020.
Dans un monde où les humains et les animaux anthropomorphes vivent côte à côte, BoJack Horseman, un cheval acteur connu pour avoir joué dans une sitcom des années 90, Horsin’ Around (Galipettes en famille), vit à Hollywood. Après un passage à vide de 18 ans, il s’efforce de retrouver la célébrité dans un monde hypercompétitif.
BoJack jongle entre une vie de débauche et des amis souvent encombrants. Ses problèmes d’addiction à la drogue, à l’alcool et au sexe lui causent de nombreux déboires et, malgré la célébrité, il demeure dépressif et s’enferme dans un cycle continuel d’autodestruction.
Il est difficile d’aborder l’entièreté d’une série au vu des nombreuses aventures vécues par les personnages et de l’évolution de leurs pensées au fur et à mesure de ces expériences. Si, dans un premier temps, la série paraît être une simple série d’animation comique et faussement trash dans la lignée des Simpsons ou d’American Dad, comme on peut en trouver par dizaines sur Netflix ou d’autres catalogues de streaming, on se rend vite compte de la profondeur des sujets abordés.
La série, qui reste dans un premier temps une critique du star-system américain et d’Hollywood, n’est que le marchepied de réflexions plus intenses. Les différents personnages étant très marqués, on peut rapidement se retrouver à s’identifier à l’un ou à l’autre et voir en certains un idéal, tout comme dans d’autres un contre-exemple de ce que l’on souhaite être.
BoJack, en dépit de sa place centrale dans la série, n’est qu’un élément parmi d’autres dans la quête de réponses des différents personnages. Le suicide, la quête du bonheur, les liens d’amour ou d’amitié, mais aussi l’héritage familial et le passé d’un point de vue mémoriel et émotionnel sont les principaux thèmes abordés. Tout comme l’adoption, le corps et la sexualité en sont d’autres.
Petit disclaimer : le mélange humains/animaux est souvent bizarre et parfois même dérangeant dans les relations interespèces, mais bon… vous avez grandi avec Disney. Ce n’est pas plus bizarre que La Belle et la Bête. Vous vous habituerez rapidement à voir une baleine présenter le journal télévisé et BoJack être en couple avec une chouette.

Je vais tenter de rapidement décrire les cinq personnages centraux de la série pour mieux définir les sujets qu’ils incarnent et leurs différentes personnalités.
BoJack est le héros. Sa mélancolie et sa nostalgie en font un personnage profondément déprimé et jamais satisfait, en quête d’un bonheur qu’il ne trouve pas car il ne sait pas le définir. Il se réfugie alors dans les excès et se retrouve souvent à être suffisant, râleur et complètement déconnecté de la réalité. C’est aussi un cheval.
Todd, le colocataire de BoJack, est en fait un SDF complètement à l’ouest. Super créatif, il n’en demeure pas moins très nul pour pousser un projet à son aboutissement. Sa légèreté fait de lui un personnage rêveur et naïf souvent le souffre-douleur de BoJack, qui s’en sert pour asseoir une forme de supériorité malgré tout.
Princess Carolyn est l’agent et ex-petite amie de BoJack. Elle tente par tous les moyens de faire réussir son catalogue de clients, quitte à jongler en permanence avec les fourberies. Elle est malgré tout très sensible et vit de nombreuses tristesses entre ses échecs professionnels, ses déboires amoureux et son envie d’être mère. C’est un chat au passage.
Diane est la biographe de BoJack et la copine de Mr. Peanutbutter. Autrice sans beaucoup de succès, elle se laisse facilement entraîner par BoJack tant dans ses excès que dans ses réflexions sur sa condition et sa quête du bonheur. Elle trouve malgré tout une forme de joie dans sa liaison avec Mr. Peanutbutter, même si elle semble en permanence vouloir tout fuir.
Mr. Peanutbutter est un acteur d’une série similaire à celle de BoJack mais qui aura reçu plus de succès. Il est festif, joyeux, et se perd facilement dans les projets et la réussite. Tout semble lui réussir, même s’il a souvent des difficultés à comprendre ou gérer sa relation avec Diane. Il est souvent aidé par le destin. Labrador ou Golden Retriever, telle est la question.
Le système de décomposition de la réflexion à la mode universitaire a ses utilités, et j’ai quelques restes, alors on va se le faire en trois parties.
C’EST DUR AUJOURD’HUI

La série est un suivi des péripéties des cinq personnages. On apprendra à voir Todd monter des start-ups plutôt florissantes de façon complètement hasardeuse, Mr. Peanutbutter tenter d’être toujours plus successful presque par obstination sans se rendre compte de l’amour qu’on lui porte déjà, ou Diane vendre son talent à la baisse à des blogs lifestyle.
Les personnages semble plutôt déçue de leurs situations respectives, avec un goût d’insatisfaction permanente. Les astres s’alignent mal et les choses ne vont jamais comme ils le veulent. Même si la réussite ou la richesse sont plutôt là, il semble que les personnages cherchent toujours le bonheur au mauvais endroit.
Princess Carolyn, par exemple, passe son temps à chercher le succès et la réussite de son portefeuille d’acteurs, quitte à se plier en quatre et délaisser ses ambitions de stabilité amoureuse et de devenir mère.
Et quand rien n’est jamais parfait, il semblerait que le problème soit souvent intérieur.
BoJack est le personnage le plus touché par des symptômes dépressifs, tant dans ses comportements de lâcher-prise vis-à-vis de ses addictions que dans son incapacité à être stable et épanoui. Sa peur d’être oublié, lui qui n’existe que par sa célébrité vu le manque de qualité de ses projets, prend toute la place dans son quotidien, même s’il souhaiterait être invisible à de nombreuses reprises.
Lui qui est toujours insatisfait des autres et de leurs actions reste souvent insatisfait de sa propre personne. C’est sous cette forme que naissent les paradoxes de BoJack ou de ses comparses.
C’est quand même drôle de ne voir aucun psy dans la totalité de cette série, au vu des angoisses et de la mélancolie des différents personnages. Il ne me paraît pas compliqué de constater que la majorité des comportements toxiques des personnages sont dus à des traumatismes familiaux et à la reproduction des schémas nocifs qu’ils ont pu endurer plus jeunes.
PARCE QU’HIER

Il faut savoir qu’aucun des personnages de la série n’est originaire de Los Angeles, d’autant plus qu’ils sont majoritairement issus de milieux précaires. BoJack est le fils d’un écrivain raté et d’une bourgeoise endettée, Princess Carolyn le fruit d’une mère célibataire, Diane vient d’une famille de rednecks compliqués… bref, rien de très cool.
Comment trouver sa place dans la Cité des Anges, d’autant plus à Hollywood, terre d’histoires, quand on n’est pas sûr de sa propre identité ?
BoJack, par exemple, vient d’une famille qui n’a eu de cesse de lui répéter son incapacité à être bon en quoi que ce soit et l’inutilité de son existence. Il passe son temps à vouloir être perçu de la meilleure façon possible aux yeux des autres pour se prouver qu’il vaut quelque chose, principalement pour se le prouver à lui-même, au vu des atrocités que lui répétait sa mère enfant.
Diane, quant à elle, vient d’une famille très masculine qui ne semble utiliser les livres que pour le feu ou pour caler la table, elle qui a fait de la littérature et du féminisme de grands sujets de réflexion. D’autant plus qu’elle est souvent renvoyée à des origines vietnamiennes dont elle ignore tout.
Ces différentes questions identitaires, faites de manque de confiance en soi et de rôles à jouer, sont les bases de nombreuses mauvaises décisions prises par les personnages, entravant leurs relations, leurs boulots ou leur bonheur.
Et puis la mélancolie se base aussi sur des réussites révolues : BoJack passe son temps à être renvoyé à une série dans laquelle il a joué il y a une dizaine d’années, Mr. Peanutbutter tout autant.
Dans ma vie, j’ai eu affaire à une théorie dont j’étais l’inventeur et qui pourtant se retourne souvent contre moi : la DLC des exploits.
Quand je réussis un projet, un exploit, ou que je sors d’une période de richesse quelconque, combien de temps ai-je pour profiter de ma réussite et me reposer ? Ma réussite sera acclamée par les autres, mais jusqu’à quand ? Et question connexe, ma réussite est elle définie par le regard des autres ?
Comment BoJack peut-il trouver sa rédemption en arrêtant de se percevoir à travers l’acteur qu’il a été ? Suis-je cet homme sur la photo ou suis-je plutôt cet homme dans le miroir ? Comment incarner les deux ?
MAIS DEMAIN ?

Okay Bruce Springsteen, tu nous as bien fait bader avec ton harmonica. Mais on fait quoi maintenant avec nos traumas et notre dépression ?
Déjà, on va voir un psy. Ils manquent de psys à Hollywood ? Mais surtout, on affronte notre passé et nos erreurs.
BoJack n’est pas mauvais dans le fond, même s’il frôle des limites assez souvent. Il se rend compte de ses erreurs et a bien conscience de ses problèmes, voire de leurs sources, et il peut faire le bien quand il le souhaite vraiment. Todd a bien conscience qu’il est un traînard et tête en l’air, mais personne ne semble aussi engagé que lui quand il le faut, et Princess Carolyn comprend que son envie d’être maman est là pour recréer un lien perdu avec sa propre mère qu’elle a l’impression d’avoir abandonnée.
En dépit de l’acceptation de sa propre identité, le chemin parcouru est aussi synonyme de tristesse, d’actes manqués et de trahisons. Alors que faire si ce n’est apprendre à vivre avec ses erreurs ?
La quête de la réussite étant éternelle dans le métier d’acteur, on se rend vite compte que ce n’est pas sous cette forme que viendra le bonheur. Un personnage de producteur ose dire que le jour où il a reçu l’Oscar était « le jour le plus triste de sa vie ». L’accomplissement et l’épanouissement doivent passer par autre chose, dans un univers de paraître, que par la réussite populaire.
Dans ce qui me paraît être le plus bel épisode de la série, l’épisode « sous-marin », BoJack se retrouve pris dans des pérégrinations chaplinesque dans un monde totalement muet car sous-marin. Au travers de ses déboires, il tente de se rabibocher avec Kelsey, une réalisatrice dont il est responsable de l’éviction d’une production passée.
Il tente de résumer en quelques mots ses excuses et écrit :
« Dans ce monde terrifiant, la seule chose que nous avons, ce sont les liens que nous créons. »

Je crois que la série n’apporte pas la réponse à la quête du bonheur. Elle apporte un paquet de questions sur la réussite, les traumatismes, la dépression ou la gêne d’être soi-même aux yeux des autres. Elle apporte des chemins de réflexion à parcourir mais n’offre pas de solution au mal-être des personnages.
Cela dit, elle rappelle l’importance de l’entourage : quand BoJack gaffe, il appelle son agent Princess Carolyn, se confie à Diane, se défoule sur Mr. Peanutbutter et rit avec Todd. Il n’est pas un personnage très sain, mais il peut compter sur les siens.
En rentrant de Nouvelle-Zélande, j’étais patraque d’avoir perdu ma place. J’étais qui je voulais être là-bas, mais cette identité avait partiellement disparue. Pour moi tout avait changé, mais pour les gens que je retrouvais, rien de ce que je racontais n’était palpable.
A et B ne sont plus ensemble, c’était ça leur révolution à eux. Le monde a tourné, mais les murs n’ont pas bougé. C’est avec patience que j’ai su m’entourer de personnes sur qui compter, à qui tendre la main ou accepter de parler de ce que je ressentais. De là peut venir une part de quiétude.
Dans un second temps, il me parait important de revenir sur la question de l’épanouissement professionnel. La réussite de BoJack n’est qu’affaire de perception. Comme lui, j’ai souvent eu honte de mes moments d’instabilité ou de la DLC trop lointaine de mes exploits, mais mes défaites sont des réussites pour certains. Quand je parle de mon instabilité on me toise parfois, puis je parle de voyages passés et on m’envie. Mes emplois les plus rentables ne sont pas les plus exigeants ou les plus prenants. J’ai autant été un servant riche qu’un décideur pauvre. La réussite ne se définit que par notre propre épanouissement. Et on sera sûrement jugé quelle que soit notre place, alors bon… Faites ce que vous avez à faire, ça vous fera du bien sur le trajet et vous pourrez vous retourner en paix à 80 ans. Pas pire d’être sans le sou quand on est ivre de victoires personnelles.
Comme BoJack, j’ai mis beaucoup de temps à comprendre que le bonheur ne peut pas être permanent. Il n’existe que par une absence ponctuelle. Le monde se doit de réapprendre cette notion de nuance, je me dois de réapprendre cette notion de nuance. La réussite est une réussite par ses coups d’éclat, la richesse est plaisante quand elle permet de répondre à des envies, l’amour est beau quand on a pleuré, on aime parce qu’on a perdu. Le monde est fait de nuances, et c’est être libre que de comprendre que rien n’est permanent, même pas nous.
Qu’il est long le chemin de la rédemption. Je n’en suis pas au bout, mais est-ce que la fin m’importe vraiment tant que le paysage me plaît ?


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