As far as I remember, j’ai toujours adoré les comédies musicales. Je pense que la première que j’ai pu voir doit être Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy. J’avais 7 ans et j’étais obsédé par les forains et leur liberté, parMonsieur Maxence et son amour rêvé, par Monsieur Dame et son amour perdu et surtout par Monsieur Gene Kelly, la classe incarnée et en français dans le texte. « Tiens c’est un sol mineur ?«

Alors oui, j’ai dû croiser quelques comédies musicales avant cela : les Disney et leurs chansons cultes pourraient en quelque sorte en faire partie, eux et tous les dessins animés des années 70 à 2000. D’autant plus qu’avec le recul, on se rend compte que les chansons étaient interprétées par de grands artistes de l’époque. Tu m’étonnes que j’étais fan de Tarzan avec ses chansons interprétées par Phil Collins, toujours en français dans le texte ! Mais aussi les vieux classiques datant des balbutiements du cinéma parlant, d’un Chaplin se moquant du cinéma parlant dans Les Temps modernes ou encore Laurel et Hardy poussant la chansonnette dès qu’ils le pouvaient.
Avec le temps, j’ai pu découvrir le genre sous d’autres formes : des films chantés comme Les Parapluies de Cherbourg, aussi de Jacques Demy (1964), où les gens ne poussent pas la chansonnette mais chantent en parlant, très chelou au début. Mais aussi sous d’autres genres avec le très bon Sweeney Todd de Tim Burton (2008), comédie musicale d’horreur au style sombre et angoissant. J’ai adoré West Side Story (Jerome Robbins/Robert Wise, 1961), j’ai adoré Moulin Rouge (Baz Luhrmann, 2001) et dernièrement j’ai adoré Sinners (Ryan Coogler, 2025).

Partir un jour est une comédie musicale réalisée en 2025 par Amélie Bonnin. Elle met en scène Juliette Armanet dans le rôle de Cécile, cheffe étoilée qui, suite à des problèmes de santé de son père joué par François Rollin, doit repartir dans son village d’enfance. Elle se devra de porter la main à la pâte dans le restaurant familial tenu par son père et sa mère, jouée par Dominique Blanc, tout en évitant les charmes de son amour d’enfance Raphaël, joué par Bastien Bouillon. Le film est l’adaptation du court métrage du même nom, réalisé aussi par Amélie Bonnin en 2021.
Le film est super, sincèrement. Il a la particularité de reprendre des chansons déjà existantes de la chanson française et de la pop française, contrairement à d’autres comédies musicales avec des chansons originales, mais cela reste super efficace. Bastien Bouillon qui se pavane sur Ces soirées-là de Yannick ou François Rollin qui pèle ses patates sur Mourir sur scène de Dalida, c’est beau et ça marche vraiment bien. Le film est plutôt accessible au vu du sujet traité : le coup du “retour au pays après la réussite et le déni du passé”, c’est un peu cliché mais ça marche toujours bien, et Amélie Bonnin est plutôt juste dans sa mise en scène. Il semblerait qu’elle raconte un peu sa propre histoire au détour de quelques plis du scénario.
Cela dit, on n’en demande pas plus à Juliette Armanet qui joue simplement son rôle, mais surtout à tous les seconds rôles qui tiennent autant le film que les meilleures chansons du film ! Le catalogue de chansons est mi pop, mi variété française et c’est cool de voir K-Maro côtoyer Céline Dion (dingue l’importance des Québécois dans la chanson française). D’autant plus que les acteurs chantent avec leurs vraies voix, ce n’est pas du playback, et ça c’est cool, c’est cool parce que c’est un peu maladroit et ça ne se prend pas au sérieux.

D’où ma question : pourquoi tant de personnes détestent les comédies musicales ?
Quand La La Land (Damien Chazelle) est sorti en 2016, je me souviens que malgré le succès, un paquet de gens ne voulaient pas aller le voir parce que le film était vendu grossièrement comme une comédie musicale. Ces mêmes gens qui, pourtant, connaissaient par cœur les classiques du Roi Lion ou des Aristochats ! Alors oui, quelques comédies musicales sont sincèrement un peu gênantes, et Benjamin Siksou dans Toi, moi et les autres (Audrey Estrougo, 2011) ne fait pas rêver les foules, mais Ryan Gosling qui sifflote son amour mélancolique dans La La Land, c’est vraiment exceptionnel !
Beaucoup trouvent que la chanson fait sortir de la narration, que passer d’un texte à une parole chantée rompt avec la continuité de l’histoire car elle rend la scène moins crédible. Pour autant, le tango de Roxanne dans Moulin Rouge est d’une justesse parfaite pour illustrer le drame du choix qu’a à faire le personnage de Nicole Kidman ! Alors oui, voir Zendaya et Timothée Chalamet se mettre à pousser la chansonnette dans Dune (Denis Villeneuve, 2021) ne serait pas à propos, mais pourtant ça marche dans de nombreux films bollywoodiens et personne ne se plaint de voir une chanson entre deux situations amoureuses houleuses. Il semblerait qu’après tout, le genre plaise toujours autant : il n’y a qu’à voir le succès planétaire de Mamma Mia! (Phyllida Lloyd, 2008) ou récemment de Wicked 1 et 2 (Jon Chu, 2024-25).

Tout comme le cinéma gore d’un Tarantino, tout comme le cinéma épique de Peter Jackson, la comédie musicale est un genre parmi d’autres au cinéma et il est loin d’être le pire. Moi, ce que j’aimerais, c’est avoir une petite machine qui me permettrait de transformer des films “lambdas” parlés en comédies musicales. Voir Marlon Brando susurrer une offre qu’on ne pourrait refuser dans Le Parrain (Francis Ford Coppola, 1972) ou voir les Ocean’s Eleven (Steven Soderbergh, 2001) braquer des casinos en chantant à tue-tête, avouez ça serait rigolo.
En tout cas, Partir un jour est super, les comédies musicales c’est super, les aigris du cinéma c’est trop nul. Je vous laisse avec ma machine à transformer les films, et je vous dis à très vite.
PS : bravo à Amélie Bonnin pour son film, on voit bien qu’on a droit à d’autres sujets et sensibilités tout aussi pertinentes quand on a des femmes à la réalisation. J’espère que les 0,000000001 % de producteurs qui liront cet article s’en souviendront.

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