L’innocence (Hirokazu Kore-eda, 2023)

J’ai du mal à commencer cet article. J’ai très envie d’en écrire un autre sur une série dont je tairai le nom mais qui met en scène un cheval en quête du bonheur (non, c’est pas Spirit de DreamWorks), mais je vais quand même parler un peu de ce film. Quelques jours après avoir vu Rashomon d’Akira Kurosawa (1950), j’ai l’occasion de revoir un film qui met en scène une triple perception d’un même événement — ou d’une suite d’événements — et surtout sur l’enfance et son monde impénétrable.

Le film met en scène Minato, sa mère Saori et son professeur M. Hori. Le jeune Minato a des difficultés scolaires et des comportements étranges depuis quelque temps. Sa mère, veuve, décide d’interpeller le personnel enseignant suite aux révélations de Minato sur le comportement violent supposé de son professeur, M. Hori. Ce dernier, malgré son attitude désabusée face à la situation, semble se défendre de tout comportement violent. Trois actes s’enchaîneront et chacun mettra en scène une perception différente des situations endurées par le jeune Minato.

Comme dit précédemment, trois regards différents : celui de la maman, puis du professeur, puis la réalité vécue par Minato. Le film exprime parfaitement la différence entre la perception biaisée des parents sur le monde des enfants et les faits. La mère semble croire au pire et persuade son enfant en ce sens, ce qui pousse parfois son propre enfant à lui mentir pour éviter de raconter sa réalité. Le professeur, lui, sous un angle plus scolaire, croit voir des actes de harcèlement tout en défendant sa propre réputation salie sur la place publique. Minato, quant à lui, nous montrera une réalité cachée, presque taboue, ce même tabou qui le pousse à mentir. Le film, au-delà de la question des tabous sur lesquels je reviendrai, semble mettre en scène la façon dont les adultes perçoivent certaines situations à travers leurs angoisses et leurs craintes irréelles. Le monde des enfants reste souvent impénétrable pour nous : il a ses propres codes et une logique différente de la nôtre. Notre propre enfance étant révolue, notre regard et notre poésie ayant été amoindrie par le temps, l’école et autres pièges, nous avons perdu notre âme d’enfant et nous ne pouvons plus vraiment comprendre certains comportements.

De plus, le film apporte une critique acerbe de la rumeur, de la capacité que nous avons d’imaginer le pire de la part d’un tiers. Et quand ce tiers est bien désigné, de tout lui faire subir sans même avoir à prouver sa culpabilité. Comme dans M le Maudit (Fritz Lang, 1931), la rumeur se répand de bouche à oreille. Et là les réseaux sociaux n’aident pas les choses, d’autant plus quand ce sont des enfants qui les utilisent.

Le film est dans un premier temps dramatique, presque pesant : quelles sont les difficultés endurées par le petit Minato ? Mais est-il en fait la vraie victime de cette histoire ?
La troisième partie finit par rendre sa légèreté au film qui devient presque onirique. Il nous emmène dans les mondes inaccessibles de l’imagination des enfants. Des mondes de rires et de joies auxquels nous ne sommes pas conviés. Il traite aussi de l’amour, un amour de garçons qui, dans une société comme le Japon — d’autant plus chez des enfants — reste un sujet extrêmement tabou. Notre société occidentale n’est pas épargnée par ces peurs et ce tabou : il est d’ailleurs sujet d’attaques certaines luttes homophobes et transphobes. L’Homme ne naîtrait pas homosexuel mais le deviendrait selon certains, et l’enfance serait en danger selon ces mêmes fous. lol.

En définitive, c’est un film magnifique, qui vaut le coup d’être vu et comme beaucoup j’ai été très marqué par un plan de vitre sale vu dans le film. C’est bizarre mais croyez-moi, ce plan est magnifique ! Je vous laisse aller jeter un œil sur ce très joli film qui est le premier que je regarde ce réalisateur ô combien encensé. J’attends de voir d’autres productions !

Pour information, il s’agit d’un des derniers films sur lequel a travaillé le compositeur Ryuichi Sakamoto. Il aura été le compositeur du thème très connu de Furyo (Nagisa Oshima, 1983), mais aussi de Talons aiguilles (Pedro Almodóvar, 1991) et de The Revenant (Alejandro González Iñárritu, 2015).
Il restera un des plus grands compositeurs du cinéma avec Hans Zimmer, Gustavo Santaolalla, Ennio Morricone, John Williams, Nino Rota ou Michel Legrand (cocorico).
J’ai découvert son travail sur un sample de PNL, encore une preuve qu’il ne faut pas sous estimer le rap français comme vecteur culturel.

Si ce type de schémas narratifs vous plaît, je vous renvoie au film A House of Dynamite de Rebecca Ferguson (2025), présent sur Netflix, une sorte de Dr Folamour (S. Kubrick, 1964) en moins satirique mais tout aussi pertinent.

J’ai eu l’occasion de regarder L’innocence dans le cadre de Ciné Ciné 7, le ciné-club de l’espace Job à Toulouse. C’est un beau lieu et une belle programmation, et il me paraît important d’empêcher la disparition des ciné clubs en France alors n’hésitez pas à y passer un de ces 4 ! Leur programme est disponible ici.

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