Perfect days (Wim Wenders, 2023)

Il est de ces films que tout le monde conseille, qui semblent forcément bons, mais vers lesquels on ne se tourne pas tout de suite. Et puis ils nous trouvent au bon moment. Perfect Days est de ceux-là.

Le film suit le quotidien d’un nettoyeur de toilettes publiques, entre son travail, ses loisirs et quelques rencontres ordinaires. C’est tout. Perfect Days, c’est l’histoire d’un homme qui a su rendre sa vie aussi douce que possible.

Au-delà d’une expérience contemplative qui réussit à ne jamais être monotone malgré la répétition des activités du quotidien d’Hirayama, le film parvient à faire comprendre l’une des nombreuses voies du bonheur : celle de la simplicité. Le sens du devoir accompli, la musique, la lecture, un bon repas, et surtout la curiosité ou l’observation attentive d’un environnement et des détails qui le composent. C’est déjà beaucoup de choses pour composer une vie.

Plusieurs philosophies japonaises transparaissent dans les différentes activités, ou plutôt dans la manière dont le personnage aborde sa propre existence.L’ikigai, que l’on peut résumer comme la « raison de se lever », mêlant mission, passion, profession et vocation.L’ichigo ichie, c’est-à-dire la capacité de chérir le caractère irremplaçable d’un moment.
Mais la philosophie qui me semble la plus adaptée est sans doute le concept de yutori. Ce mot, qui se traduit par « espace », décrit le « temps entre deux gorgées de thé ». Cet art de vivre se résume à un acte conscient : ralentir pour s’accorder le droit d’apprécier le monde qui nous entoure.

Bref, ce film est beau. Il offre à voir la douceur d’une existence que l’on jalouserait presque, malgré la nature du travail du personnage principal. Cela dit, il nous permet aussi de comprendre que certains aspects de cette existence sont à la portée de tous, à condition de savoir les trouver — en étant curieux et observateur.

Pour la petite histoire, et parce que le réalisateur propose malgré tout une œuvre sublime en termes d’éclairage, de couleurs et de situations, la profession du personnage principal n’a pas été choisie au hasard. Les toilettes nettoyées dans le film font partie du projet The Tokyo Toilet, un ensemble de toilettes inédites conçues par onze architectes différents, cherchant à concilier harmonie et utilité dans l’urbanisme de Tokyo. Le projet met également en lumière le personnel de maintenance sur son site, que je vous invite vivement à découvrir.

Par ailleurs, les personnages secondaires sont souvent incarnés par des danseurs japonais, ce qui renforce la légèreté qui les anime dans le paysage et la place singulière qu’ils occupent dans la réalité et l’univers du personnage.
Le sans-abri est interprété par Min Tanaka, danseur octogénaire mondialement reconnu pour ses performances en lien avec l’environnement urbain.
La jeune fille mélomane est jouée par Aoi Yamada, danseuse et mannequin japonaise, égérie de Y-3 — la branche « mode épurée » d’Adidas, dessinée par Yohji Yamamoto (Zidane en a aussi été l’égérie, héhé).

Ce film m’a fait du bien. Il met en lumière des comportements que j’applique — ou que j’essaie d’appliquer — dans ma propre vie. Il montre qu’une priorité non négligeable de l’existence est celle de découvrir sa propre voie du bonheur, mais aussi qu’il est important de s’affirmer, quelle que soit sa situation, et que le regard extérieur n’est que du bruit lorsque l’on est en paix avec soi-même.

J’ai pas raconté grand chose de l’histoire parce qu’un jour ce film se retrouvera sous vos yeux, et j’espère sincèrement que vous l’apprécierez pour ce qu’il est, mais aussi pour ce qu’il fait chanter en vous.

En faisant mes recherches, je suis tombé sur un post Reddit proposant une analyse radicalement différente du film et de la vie d’Hirayama — celle d’un fantôme triste. À vous de juger.

Posted in

Laisser un commentaire