Les guérillas m’ont toujours fasciné. Plus précisément, les causes indépendantistes m’ont toujours fasciné. De la Palestine à Taïwan, de la Corse aux FARC, de l’Algérie à l’Irlande, j’ai toujours été passionné par ces quêtes d’indépendance, ces forces résilientes qui ne demandent que l’autodétermination.
Souvent, la lutte armée est la partie visible de ces groupes, mais à l’instar des combattants kurdes, de profondes réflexions de société sont aussi au cœur de ces luttes. Des mesures sociales, antiracistes, féministes sont souvent mises en place en vue du lendemain de ces combats. Combats qui, d’ailleurs, n’ont pas toujours réussi à voir le jour se lever.
J’ai lu, écouté et vu beaucoup de choses à propos de ces différentes luttes armées, et ce qui en ressort, c’est que bien souvent, ton ennemi a pu être ton frère.
Le Vent se lève est un film magnifique sur une partie bien précise de la lutte indépendantiste irlandaise. Il est plutôt difficile d’en résumer toute l’histoire, donc je vous renvoie à cette très bonne vidéo pour s’en charger à ma place. Concentrons-nous sur le film, voulez-vous.
Le film raconte l’histoire d’une bande d’amis, et plus précisément celle de Damien, jeune médecin qui décide de renoncer à ses études pour rejoindre la lutte armée suite au meurtre d’un ami proche par des soldats anglais, ainsi qu’à une humiliation commise par ces mêmes soldats dont il est témoin. Fait de bric et de broc, un groupe se constitue. Damien, ayant rejoint ses rangs, enchaîne débats et embuscades, jusqu’à retrouver des amis face au canon de son arme.
Ken Loach, réalisateur très marqué politiquement à gauche, s’empare du sujet irlandais et met en scène brillamment un jeune et fougueux Cillian Murphy, déjà bien installé dans le cinéma britannique, ainsi qu’un Liam Cunningham qui campe un rôle plus calme, mais pas moins engagé.
Pour la petite histoire, le titre original du film est The Wind That Shakes the Barley, le nom d’une ballade/poème de Robert Dwyer Joyce, publié en 1861, parle d’un homme qui doit choisir entre la lutte armée irlandaise et l’amour d’une femme. Dans le poème, l’Angleterre décidera à sa place.
Je cite Wikipédia :
« La référence à l’orge dans le poème provient du fait que les rebelles irlandais emportaient souvent de l’orge dans leurs poches comme provisions lorsqu’ils marchaient. Cela a donné naissance au phénomène post-rébellion de la poussée d’orge, marquant ainsi les Croppy-holes, multitude de tombes sans nom dans lesquelles étaient jetés les rebelles massacrés, symbolisant la nature régénératrice de la résistance irlandaise au pouvoir britannique. »
Le film s’intéresse, au-delà de la question indépendantiste, aux luttes internes qui ont façonné l’histoire de l’IRA, et à la manière dont, à l’échelle locale, des voisinages entiers se sont déchirés. Les différentes oppositions entre les personnages et leurs morts respectives sont sincèrement touchantes et d’une grande justesse dans leur mise en scène.
Il traite aussi de la prise du maquis par des badauds gagnés par la colère à force d’humiliations subies, de la conscience politique naissante d’une nation cherchant son indépendance face à un Empire britannique qui, de toutes parts, se retrouve à devoir conserver ses colonies.
J’aimerais également vous renvoyer vers Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino (1978) pour la question des frères traumatisés ; vers Hunger de Steve McQueen (2008), parce que le conflit ne s’est pas arrêté à l’autodétermination irlandaise ; et vers ’71 de Yann Demange (2014), parce que c’est rigolo comme film.
Je tiens aussi à revenir un instant sur Cillian Murphy. La récupération politique et culturelle de Peaky Blinders à des fins masculinistes ou identitaires est ridicule et démontre bien que certains ne prennent que ce qu’ils veulent dans les séries — pas vrai, Scarface ? Tommy et ses frères sont des Gitans antiracistes. Ils sont des vétérans d’une guerre qui les hantent, combattue pour un pays qui ne leur rendra jamais leur engagement. Ne vous arrêtez pas au simple style béret/cravate et interrogez-vous un peu sur le fond des personnages.
Je finirai sur deux petits faits.
Le premier, c’est cette citation du film :
« J’espère que l’Irlande que l’on défend en vaut la peine. »
L’Irlande est l’un des derniers bastions rouges d’Europe. J’espère qu’ils le resteront, et je suis prêt à me battre avec McGregor le facho s’il le faut. Je perdrai sûrement, mais qu’en dira-t-on ?
Deuxièmement, on oublie trop souvent la place des femmes dans les conflits armés : qu’elles soient combattantes, en soutien logistique, ou simplement en train de tenter de conserver le peu d’humanité de sociétés qui s’effondrent, en étant des sœurs, des mères ou des épouses. Une société existe à partir de deux personnes.

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