Il est bien tard dans ma vie de jeune cinéphile pour voir Les 400 coups, mais je pense que chaque cinéphile qui se respecte a une liste insurmontable de classiques non vus, et qu’il faut apprendre à vivre avec. Cela dit, ça fait un de moins pour moi.
Le film raconte une partie de l’enfance d’Antoine Doinel, un jeune Parisien d’une douzaine d’années qui, entre ses difficultés à l’école et son climat familial compliqué, commencera à faire de plus en plus de bêtises, jusqu’à la bêtise de trop qui l’emmènera en centre de rééducation.
Premier film de Truffaut et deuxième de Jean-Pierre Léaud, ce film est un étendard de la Nouvelle Vague française. Connu notamment pour son regard caméra final devenu cultissime, il raconte une certaine époque, celle de nos parents (ou presque, les miens étant nés autour de 1959-1960).
Ce qui est le plus intéressant, au-delà des diverses tentatives d’anticonformisme filmique comme le générique de fin placé au début, c’est l’intérêt documentaire du film. Déjà à l’époque, j’imagine qu’il devait être marquant pour montrer l’envers des classes aux spectateurs : ce monde un peu invisibilisé de l’école, entre rigueur et humiliations. Il raconte aussi les premières envies de liberté d’enfants qui ne trouvent pas leur place, dans une époque d’après-guerre et de boom économique et artistique.
Même aujourd’hui, ce film reste un document d’époque important, au-delà de sa narration : le son des rues, les visages des classes populaires, l’intérieur des maisons bourgeoises comme des appartements de dernier étage, mais aussi le parler de l’époque, créent une immersion bien plus crue que dans les films de la décennie précédente, où les dialoguistes étaient légion.
Le film, semblable par moments à Zazie dans le métro de Louis Malle (1960), est proche des enfants, à leur niveau. Il leur donne une voix et une compréhension du monde plus maligne qu’on ne pourrait le croire. Par ailleurs, l’amitié qui se développe entre les deux garçons donne à voir un monde qui leur est propre, avec ses lois et ses comportements, bien que très axés sur un mimétisme des adultes. Délaissant des familles négligentes, peu aimantes ou souvent hypocrites, un monde nouveau s’offre aux deux compères, qui paieront le prix de leur soif de liberté et d’indépendance.
Le film n’a pas de vocation autobiographique selon Truffaut, même s’il est permis de penser qu’il ait dit cela pour ne pas faire de mal à ses parents. Pourtant, quand on traine un peu sur la biographie de Truffaut, on y voir des traits étrangement similaires entre les mots « prison » et « vol de machine à écrire ». Cela dit,l’intérêt d’Antoine pour la littérature et son manque de discipline laissent penser à une personnalité plutôt artistique. La question de sa juste place au sein d’une école si rigoriste se pose alors. La conversation avec la psychologue semble bien montrer que ce jeune garçon n’est pas « abîmé », mais qu’il est surtout le fruit d’un environnement peu bienveillant.
Pour en revenir à l’inscription du film dans son courant, il est vrai que certains aspects visuels ou sonores, au-delà de la narration, l’ancrent pleinement dans les pratiques de la Nouvelle Vague. Cela dit, la carrière future de Truffaut montrera des productions beaucoup plus poussées dans leurs choix de mise en scène et d’images. Le casting, comportant de nombreux acteurs et réalisateurs en figurants, laisse malgré tout penser que le cinéaste est déjà bien entouré à cette époque et que ce premier film ne sera pas le dernier. Même chose pour Jean-Pierre Léaud, incroyable pour son âge, doté d’un charisme et d’un phrasé largement supérieurs à ce que l’on pourrait attendre d’un enfant.
Petite information amusante : en 1959 paraît l’une des premières déclarations des droits de l’enfant. À vous de juger si le jeune Doinel évolue dans un climat sain. Personnellement, ‘aime bien dire que c’est pas la faute des cancres s’ils en sont.

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