Bernie, c’est l’histoire d’un mec qui fait tout valdinguer dans sa vie, l’école, les parents, ou sa carrière, pour faire un film.
Icône du cinéma en France mais aussi à l’international, j’ai découvert Dupontel avec le fameux Enfermés dehors (2006), que j’ai pu voir malgré mes 11 ans à l’époque. Mes tendres parents m’interdisaient — à raison — n’importe quel film d’horreur, mais n’hésitaient pas à me montrer des films français bien de mon âge (Les Ripoux de Claude Zidi, mon film de chevet). Mais revenons-en à Dupontel.
Malgré un cinéma qui a su s’assagir et nous faire découvrir une patte de plus en plus poétique avec le merveilleux Au revoir là-haut, sorti en 2017 — qui dévoile une plastique magnifique, notamment dans les masques, et reprend avec brio les thèmes de la mélancolie des gueules cassées —, mais aussi avec le tendre Adieu les cons (2020), qui, dans son romantisme et sa critique de la bureaucratie, a su me surprendre par sa beauté malgré quelques faiblesses oubliables… Et bien Dupontel vient de plus loin et malgré ses récents cours de yoga, il reste un cinéaste enragé. Alors je suis reparti en arrière, voir les fondements de cette colère.
« Je n’ai jamais vraiment fait des comédies, juste des drames rigolos », disait-il.
J’avais beaucoup entendu parler de Bernie, tout comme Irréversible de Gaspar Noé (2002), comme de ces films qu’on ne raconte pas mais qui sont « trash, violents, timbrés et drôles », brandis par tous les « punks » de mon entourage.
C’est difficile à regarder — non pas parce que c’est dur à voir, malgré des scènes de violence inouïes pour le cinéma de l’époque, ou des scènes de viols tournées ici et là en farce — mais plutôt parce que ça va un peu nulle part, à l’image du personnage. Conditionné par ses propres délires et ses rêves, il veut fuir une réalité à laquelle il a toujours voulu appartenir sans jamais la comprendre. On se retrouve avec un tueur qui séquestre, kidnappe, tue ou braque le premier venu parce que cela correspond à ses fantasmes. C’est drôle, mais ça ne fonctionne pas vraiment avec moi, je crois.
Les quelques passages d’Éric Elmosnino en vendeur pas finaud m’ont bien fait rire, cela dit. Comme les coups de pelle, le radar-photomaton ou la brève de piano en hors-champ, entre autres folies. Mais je me suis vite perdu dans cette démesure, ces maladresses incessantes, et cette fin que l’on voit arriver quand on connaît le cinéma de Dupontel.
Cela dit, je suis bien peu sympathique avec ce film, qui raconte pourtant beaucoup d’un immense réalisateur et de sa soif de faire ce qu’il veut. Fils de petits bourgeois, promis à des études supérieures, il décide de tout quitter pour devenir comédien. Il refusera quelques années plus tard d’intégrer la troupe d’Ariane Mnouchkine pour faire ses propres trucs. Découvert par un monsieur qui faisait tourner les serviettes, entre autres conneries, il saura se créer une place qui lui est propre et donner le cinéma qu’on lui connaît . Et en ça, je dis bravo, monsieur.
Bravo pour Bernie et ses hyènes, son canari, sa seringue dans la joue et tous ces trucs qui en font un film culte. On sent son importance pour beaucoup : pour Michaël Youn dans La Beuze (2003), pour Patrick Timsit dans Quasimodo d’El Paris (1999), ou encore pour Jamel Debbouze, qui partage certains traits d’interprétation avec Dupontel — sans parler d’Alain Chabat, sorte d’autre facette d’une même pièce, à mes yeux.
Bref, c’est un film dur dans sa forme, atroce mais drôle dans son histoire, et définitivement culte. Terry Gilliam, Jan Kounen ou Robin Williams en parlent comme d’une comédie incroyable — et ce n’est pas rien venant de ces messieurs. Je vous renvoie aux très belles interviews d’Albert Dupontel sur Clique (fuck Bolloré) ou sur le média, un peu douteux, Thinkerview.
Et pendant que vous y êtes, allez porter votre regard sur sa carrière d’acteur. De Klapisch à Jeunet en passant par Kervern et Délépine, d’aucuns ont su le faire jouer et souvent ils réussirent.

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