On m’avait vendu In the Mood for Love du même réalisateur comme un classique inégalé du cinéma, un prodige de lumière, de costumes et de regards amoureux sur une bande-son cultissime. Et tout était vrai, mais honnêtement, je me suis bien ennuyé à revivre en boucle ces rendez-vous nocturnes de voisins volages. J’attendais donc un sursaut dans ma perception de la carrière de ce cher Wong, et en attendant de voir le bien connu Fallen Angels, je suis allé voir Chungking Express dans le cadre de la rétrospective François Truffaut organisée par la Cinémathèque de Toulouse.
J’ai toujours eu du mal avec certains points de la Nouvelle Vague, la narration m’étant importante et n’ayant pas particulièrement d’appétence pour le cinéma expérimental. J’ai donc souvent dû plier mon esprit et ma perception pour apprécier les films de ce courant. Fortement inspiré de celui-ci, Chungking Express s’inscrit dans une logique de réalisation similaire. C’est un film à sketches, tourné durant le temps libre d’un réalisateur déjà pris sur un autre tournage (Cendres du temps, 1994), se voulant léger autant dans l’histoire que dans le budget. Je me suis vite retrouvé pris de court, accroché à un train dont je ne comprenais pas la destination et qui, en plus, s’est arrêté au bout d’une vingtaine de minutes pour en laisser passer un autre.
La première partie du film est drôle et énergique. Les séquences, constamment tournées en intérieur (par économie de budget), sous le feu des néons et des halogènes, donnent une teinte en surbrillance presque onirique au film, rappelant quelque peu le futur Enter the Void (Gaspar Noé, 2009) et ses balades japonaises. L’histoire un peu mafieuse de contrebande permet de se rattacher à quelque chose de plus consistant que les déboires amoureux du jeune policier. Et puis d’un coup : la rencontre, l’ivresse, la nuit à l’hôtel… et plus rien. Joli plan sur le bippeur accroché à la grille, cela dit.
Vient alors la deuxième partie, et on se croirait dans Risibles amours de Milan Kundera. Après la scène très, très sexy de l’hôtesse de l’air dont le corps sert de piste d’atterrissage à un jouet d’avion, on se fait quitter par cette dernière, et commencent nos déboires de spectateurs. C’est leeeeeeent. On se retrouve soumis à une bande originale beaucoup trop répétitive, et on tente de s’accrocher à la farce de l’ange gardien qui s’occupe de l’appartement du policier désœuvré et rejeté. Un geste amusant, repris par un paquet de films depuis. Cette farce aurait même été, supposément, une source d’inspiration importante pour Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jeunet (2001) ! Mais en même temps… on s’ennuie, quoi. On attend longuement que les deux personnages mettent un terme à ce chassé-croisé et à ce film qui n’en finit pas.
Le film est novateur, libre, sexy, mais éprouvant. Je reviens à mon amour/haine de la Nouvelle Vague. J’ai adoré la jalousie et la fin d’un amour dans Le Mépris (Jean-Luc Godard, 1963). J’ai adoré voir un tournage et ses vices dans La Nuit américaine (François Truffaut, 1973). J’ai adoré les frasques et la liberté de Belmondo dans Pierrot le Fou (Jean-Luc Godard, 1965). Mais à chaque fois, je vais chercher mon propre plaisir tout seul, en interprétant ou en me baladant dans ces histoires qui ne m’offrent pas directement à voir ou à penser. Et c’est bien, c’est peut-être même le but, mais ça m’ennuie souvent et demande un autre travail que celui de spectateur passif. Certains diront que c’est là le début du cinéma en tant qu’art.
Chungking Express est une rareté, dans sa forme comme dans son propos. Il est assez caractéristique de Wong Kar-wai, cinéaste hongkongais qui s’est défait du cinéma d’action prédominant tout en conservant certains de ses codes esthétiques.
J’ai pas accroché à In the Mood for Love, j’ai pas accroché à Chungking Express. J’attends de voir Fallen Angels pour sceller mon avis sur Wong. Cela dit, je vous renvoie à cette belle vidéo, qui peut-être vendra sûrement mieux le film que moi.

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