Quand j’ai vu le DVD de Rengaine dans les bacs d’un disquaire, je n’ai pas hésité. Je l’avais vu en 2011 lors de sa sortie. Tout jeune cinéphile adepte de rap et d’expérimentations malgré mon amour pour le cinéma classique, j’avais adoré. C’était un film tourné avec la même fougue que mes premiers courts métrages filmés à la caméra de touriste allemand, ça ne pouvait que m’attirer.
Première fiction de Rachid Djaïdani, Rengaine est une espèce de comète un peu oubliée de tous, mais qui lors de sa sortie, a émerveillé le public et la critique, jusqu’à sa sélection à la Quinzaine des réalisateurs et une nomination aux César.
En adoptant une narration proche de la fable, déclinée dans notre réalité, on assiste à un trombinoscope des communautés arabes et noires de Paris, et à une réelle approche d’un sujet de société : la question des mariages mixtes, intercommunautaires et interreligieux. Avec ses tensions et ses préjugés, Rengaine se veut porte-parole du rapprochement entre des communautés qui se côtoient, se fréquentent et s’allient, mais refusent de se mélanger sur les questions amoureuses.
La réalisation est rauque, trop proche, est détonante. Elle va sentir les gens, les inspecter, eux et leurs humeurs, comme pour les dépouiller de leurs apparences. Toujours en mouvement, on observe chaque identité : jeune, vieux, boxeur, ringard, voleur ou policier. Qui est-il ? Qu’est-ce qu’il a à dire de la situation ? Quel cliché il représente de mon imaginaire d’une communauté ? Tous ces profils qui composent la fratrie visitée par le personnage du grand frère nous donnent une idée de la complexité d’une communauté, tant les identités sont multiples même au sein d’une même famille.
Slimane Dazi reste toujours très fort, mutique et vibrant d’émotions, en colère face à ses propres contradictions. Lui qui refuse les choix de sa sœur, mais se refuse presque aussi à assumer les siens. La rencontre avec son frère banni est bouleversante : tension et verve au rendez-vous (premier rôle au cinéma de ce dernier, mais je n’arrive pas à retrouver son nom). Ce frère qui a quitté la famille pour pouvoir assumer son homosexualité nous offre une autre clé de compréhension du personnage de Slimane Dazi. Tu n’assumes pas ton propre amour, tu n’assumes pas l’homosexualité de ton frère, donc tu te rattaches à des idées patriarcales qui entravent la liberté de ta seule et unique sœur.
Pendant ce temps, le personnage de Dorcy, incarné par Stéphane Soo Mongo, se balade dans les milieux artistiques parisiens entre castings foireux et tournages absurdes. J’aime à croire que c’est un peu autobiographique pour le réalisateur (son Wikipédia raconte malgré tout une autre carrière que celle que je lui imagine). Et on aime ça : ç’en est prenant à certains moments, drôle dans son ridicule.
Ayant acheté le DVD, je suis allé traîner dans les bonus et on découvre un paquet de scènes coupées foireuses, dont une avec Booder en chef de cuisine tyrannique. C’est très drôle et sans rapport avec le film, mais au moins ça aura existé. Voilà pourquoi il faut acheter des DVD, les lost medias ça me peine toujours un peu.
Bref, un film percutant sur le racisme, le mariage mixte et Paris. Intégrez-moi ça aux dispositifs de Passeurs d’Images si ce n’est pas déjà fait.

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