C’est un peu difficile de parler de ce film, déjà parce que c’est le premier gros film auquel je m’attaque dans mes petits articles, mais aussi parce que tout semble déjà avoir été dit.
Tentons.
J’ai vraiment aimé Sirat, on m’avait vendu un film choquant et clivant, qui touchait à la sensibilité bourgeoise dans son sujet au delà de l’aspect et de la narration, et que personne n’en sortait totalement indemne.
En cela j’étais curieux de voir le film, comme une expérience, comme pour me tester et voir comment je me sortirais de ce pétrin.
Et je comprends les réactions, je comprends qu’on soit décontenancé par les personnages, par le désert, par la géographie, ou le manque d’informations sur les évènements en fond. Et on se retrouve dans ce petit papa stable, inquiet et mélancolique, et on le comprend, lui qui a un but, une vie, une situation. Tout ça est finement amené, on se perçoit en certains et on est dégoûté par d’autres.
Mais de quoi ce film fait il donc la critique alors ?
De jeunes ravers qui malgré leur situation ont le luxe de pouvoir faire le choix de fuir et d’éviter le monde sans penser qu’ils se feront rattraper ? Il fait la critique de la lâcheté ? Ou de l’illusion de la liberté ?
La scène de fin me rappelle beaucoup les camps de migrants du film Les fils de l’homme de Afonso Cuaron, où kenyans, français et américains se côtoient. Seuls, apatrides, rattrapés et mit à égalité par une histoire qu’ils n’ont pas réussis à contrôler.
Le désert met les gens sur un pied d’égalité, seules les capacités et la chance priment.
La construction de cette quête d’un paradis est exceptionnelle, on l’attend, on y croit et le temps passe, le film se déroule et on continue à manger de la poussière. On continue à être touché de plus en plus fort par la fatalité. Quelle frustration permanente, c’est quoi cette guerre, c’est qui cette Mar, il a peur de quoi ce berger ?
Et le chemin prime sur la destination, on est plus rien que le mouvement, mais sans but, sans possibilité d’arriver ou de faire demi tour.
C’est fort.
Au-delà de ça, la musique est très bien, gênante au début pour installer cet environnement sale et déconcertant pour le spectateur et juste accompagnatrice à la fin, comme pour ponctuer la rédemption qui ne passera que par la résignation à ne plus regarder là où on met les pieds.
Et c’est beau. Vraiment c’est beau, les camions, la route, la poussière, c’est vivant quoi.
Sirat c’était top, bien mieux que Gerry de Gus Van Sant, mais rien à voir avec Fury Road de Georges Miller. Ça ressemble bien à un slasher par contre, c’est le désert qui fait sa loi, et qui écrème un peu l’équipe.
Dans mes aventures personnelles, je disais souvent que plus c’est difficile de rentrer chez soi, plus on vit fort. Comme étouffé par le très loin.
Avec eux je me suis perdu dans ce désert, dans cette quête illusoire, dans cette perte de repères. Et j’ai adoré.
Pour les fans de mines allez voir Landmine goes Click de Levan Bakhia, c’est georgien, ça vous plaira !

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